En ce dernier jour de 2018, Sonia Devillers revient sur "la personnalité de l’année" choisie par le magazine américain "Time" : "Les gardiens et combattants de la vérité".

Une croix solitaire reste sur un site commémoratif devant l'hôtel Mandalay (à l'arrière) pour les 58 victimes de la pire fusillade de l'histoire des États-Unis, à Las Vegas, dans le Nevada, le 15 novembre 2017
Une croix solitaire reste sur un site commémoratif devant l'hôtel Mandalay (à l'arrière) pour les 58 victimes de la pire fusillade de l'histoire des États-Unis, à Las Vegas, dans le Nevada, le 15 novembre 2017 © AFP / Mark Ralston

Je vous rappelle simplement cette couverture sortie il y a deux semaines. Elle se décline en quatre versions noir et blanc célébrant « Les gardiens et combattants de la vérité », à savoir des journalistes morts ou menacés dans l’exercice de leur métier

Parmi eux, le Saoudien Jamal Khashoggi, décapité dans l‘ambassade de son pays, deux enquêteurs birmans, toujours emprisonnés après leurs révélations sur les massacres Rohingyas, et la Philippine Maria Resa, ancienne correspondante de CNN à Manille, qui tient tête courageusement au président Duarte. 

Le Time a vu juste car après sa parution, l’ONG Reporters sans frontières a publié des chiffres alarmants

2018 s’avère bien une année noire en matière d’attaques contre des journalistes

Mais c’est un autre détail, comme un message subliminal qu’a voulu faire passer le Time, que j’ai retenu, moi. 

La quatrième couverture, rend hommage à toute la rédaction d’un canard  local du Maryland, le Capitol Gazette of Annapolis, où un dingue, fâché par un article, est entré, fusil à la main, tirant sur tout ce qui bouge. C’était le 28 juin. Nous étions trop occupés par la Coupe du Monde pour en entendre parler.

En faisant ce choix, le Time pointe un crime commis par un individu isolé dans une démocratie, les Etats-Unis. Et le place au même niveau que la violence d’Etat exercées contre la presse dans des régimes autoritaires (l’Arabie Saoudite, la Birmanie et les Philippines). C’est très significatif parce qu’en 2018, l’Amérique du Nord compte plus de 14 000 morts par arme à feu, dont les victimes du lycée de Parkland en Floride, de la synagogue de Pittsburg et le triste record enregistré à l’hôtel Mandalay, 58 tués, 500 blessés. Tout ça la même année. 

On le sait, Donald Trump reste hermétique aux demandes de modifications de la législation sur les armes. Or, ce déni du pouvoir politique tend à faire de ces « fusillades de masse » une violence institutionnelle, par ne pas dire institutionnalisée. 

Avec ses quatre Une, Time dit qu’aux Etats-Unis, les journalistes sont en danger de mort exactement comme en Arabie Saoudite. Et que si ce n’est pas directement le fait du président, il en porte la même responsabilité. 

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