La nouvelle a suscité une vague d'émotion sur la planète Twitter. Le bouton "j'aime" pourrait bientôt disparaître...

Twitter pourrait supprimer son bouton « J'aime »
Twitter pourrait supprimer son bouton « J'aime » © Getty / Eric Anthony Johnson

Voilà qui peut sembler très anecdotique mais qui en dit long sur la façon dont les réseaux sociaux changent notre société. De quoi s'agit-il ? Quand je lis un message sur Twitter, je peux cliquer sur un petit cœur juste en dessous. Eh bien le PDG de Twitter, Jack Dorsey, n'est pas sûr que ce bouton like soit une bonne chose : ça n'incite pas les gens à participer sereinement au débat public. « Comment pouvons-nous encourager une conversation plus saine ? » s'est-il interrogé récemment lors d'une conférence. Des propos rapportés par The Telegraph.  

On voit bien ce qu'il veut dire par là. Le bouton like sacralise une attitude binaire, beaucoup trop simpliste : on aime ou on n'aime pas, ça empêche la nuance et la complexité, indispensables à tout débat démocratique. Face aux nombreuses réactions, le compte officiel de Twitter a réagi, expliquant que rien n'était encore décidé quant à la mort du cœur, mais le mal est fait, la rumeur est lancée.

Cliquer sur le cœur veut-il forcément dire qu'on aime ?

Oh que non ! Cela peut avoir une multitude de significations, et c'est ce qui fait tout le charme de cet outil. Je peux liker votre tweet pour vous signaler que je l'ai vu. Ou pour clore une conversation : tu m'écris, je te réponds, tu me réponds, et... je like parce que je n'ai rien à ajouter. Un like peut aussi se comprendre comme un soutien, une approbation et à ce titre c'est parfois un geste politique. Mais c'est aussi, souvent, une simple manière d'attirer l'attention de quelqu'un qu'on admire. Ne pas oublier l'usage corporate, voire un peu fayot, avec les collègues de boulot.

Autre fonction, très importante : on like un tweet pour l'archiver, pour se souvenir de lire plus tard l'article vers lequel il renvoie, par exemple. Et là, le cœur est un héritier de l'étoile. Parce que jusqu'en 2015, Twitter proposait une fonction "favori", symbolisée par une étoile. Oui, tout cela est aussi une affaire de pictogrammes, d'iconographie : il est à craindre que le cœur rejoigne l'étoile dans sa chute. C'est tragique. Pour un peu, on citerait Andromaque, de Racine : « Faut-il qu'un si grand cœur montre tant de faiblesse ? »

Alors je m'interroge. Le patron de Twitter ignore-t-il la polysémie du like ? Bien sûr que non. Il connait tous les sens différents du bouton "j'aime". C'est pourtant ce qu'il laisse penser quand il explique que sa suppression permettrait un climat plus sain. J'ai tendance à croire qu'il a trouvé là une façon habile de montrer qu'il réfléchit à l'atmosphère délétère qui règne parfois sur son réseau. La direction de Twitter est en effet souvent accusée d'être trop peu active dans la lutte contre les contenus haineux. Il y aurait un grand chantier à mener pour une vraie politique de modération, mais Jack Dorsey songe à supprimer le cœur ! Avouez que ça ne coûte pas cher. Qui a parlé d’hypocrisie? Le cœur a ses raisons que la raison ignore.

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