Netflix annonce un festival dans de vraies salles de cinéma.

L’annonce de cet évènement prévu à la mi-décembre sème la zizanie parmi les distributeurs de films (qui financent et accompagnent la sortie des films) et les exploitants (ceux qui les projettent). Le cinéma français est à cran. Depuis le confinement, seulement la moitié des habitués est retournée une fois en salle. L’autre n’y a pas encore remis les pieds.

Je n’entre pas dans le détail de notre extraordinaire circuit de financement - qui permet à la France de financer une cinématographie foisonnante et d’aider des réalisateurs du monde entier - mais il repose en partie sur la salle. Un pourcentage du prix de votre ticket, même si vous allez voir un gros machin américain - alimente des comptes qui permettent à des films français de se monter. Alors des salles vides, c’est une catastrophe pour toute la filière.  

Vous me direz « Dune » et « James Bond » ont aisément passé la barre des deux millions de spectateurs. Certes, l’effet « blockbuster » continue de jouer à plein, mais les petites et moyennes productions disparaissent plus vite que jamais de l’affiche.  

Alors, voir des cinémas de grandes villes françaises programmer dans leurs salles, en avant-première payante, des longs-métrages siglés Netflix, suscite la colère d’une partie de la profession. Il y a du lourd : le nouveau film de Jane Campion, un autre produit par le rappeur Jay-Z, un autre interprété par Leonardo du Caprio, le prochain Paolo Sorrentino and so, and so… Je rappelle que passé la semaine du festival Netflix en salle, ces joyaux seront exclusivement réservés aux abonnés de la plateforme… Ainsi les salles de cinéma serviraient à l’avenir de bande-annonce aux nouveautés Netflix ? Des vitrines pour ce service de streaming qui se consomme à domicile et qui, avec la pandémie, a largement contribué à vider les salles ? On se mord la queue, crient les distributeurs indépendants. « On scie la branche sur laquelle on est assise ».  
Pour d’autres, le combat est déjà perdu face à la vidéo en ligne. Alors mieux vaut coopérer, car Netflix offre une deuxième vie aux films sortis en salle et forme une nouvelle génération de cinéphiles qui viendront à la salle, bref les deux usages pourraient se renvoyer la balle.  

En ce moment, chaînes de télé, salles de cinéma, producteurs de films et plateformes négocient ce qu’on appelle en France la chronologie des médias, c’est-à-dire le calendrier qui détermine l’itinéraire d’un film sur les différents écrans. Pas moyen de mettre les uns et les autres d’accord. Le Festival Netflix ne fait que souffler sur les braises.

L'équipe
Contact
Thèmes associés