Hier, Ouest France a annoncé que ses rédactions n'allaient plus utiliser les sondages pour couvrir l'élection présidentielle.

Hier Ouest France a annoncé ne plus commenter tous les sondages
Hier Ouest France a annoncé ne plus commenter tous les sondages © Getty / Alain LE BOT

En 2016, lors de la précédente campagne, un autre grand quotidien avait secoué le cocotier médiatique en prenant la même décision, le « Parisien-Aujourd’hui en France ». Argument de Stéphane Albouy, directeur de la rédaction de l’époque (je l’avais interviewé) : 

Nous sommes en train de perdre la tête en commentant H24 les chiffres d’une course de petits chevaux entre candidats. Nous en oublions dans quelle réalité vivent ceux qui vont voter. Revenons à notre métier, renvoyons nos journalistes sur le terrain.

François-Xavier Lefranc, rédacteur en chef d’ « Ouest-France » ne dit pas autre chose : 

« L’obsession sondagière empêche les uns et les autres d’écouter la diversité du pays. (…) Ce n’est pas la consultation de « panels représentatifs » qui redonnera de la vigueur à la démocratie, c’est l’écoute et la consultation de chacune et chacun ». 

Il n’est pas meilleure profession de foi dans le journalisme que ces mots-là

Que fait « Le Monde » en envoyant 100 journalistes et 100 photographes récolter des mots et des images dans toute la France, si ce n’est la démonstration éclatante de cette conviction-là ? 

100 reportages, c’est aussi une démonstration de force. Tant de médias ne peuvent pas se le permettre. Derrière la noblesse du reportage - que nul ne conteste - il y a une réalité économique. Les sondages ça se paie et ça coûte cher mais infiniment moins que des équipes sur le terrain.

Et quelles équipes ?  « Le Monde », 500 journalistes, la force de frappe est incomparable. « Ouest-France », 736 journalistes, 2 500 correspondants, 49 éditions. « Le Parisien-Aujourd’hui », environ 450 journalistes dont 160 en locales dans toute l’île de France, en 2016. 

Miser sur le reportage ne relève pas seulement d’une décision éditoriale, mais également de choix économiques. D’ailleurs, je constate que « Le Parisien », qui a changé de direction, et aussi quelque peu réduit la voilure, est revenu aux sondages…  

Un dernier mot, un regret

J’ai grande estime pour la modération et le professionnalisme d’« Ouest-France ». L’édito de François-Xavier Lefranc est impeccable. Toutefois, en annonçant sur Twitter qu'il renonce aux sondages, celui-ci affirme que son journal ne « participera pas à la grande manip ». Dommage. En ces temps de complotisme ravageur, il est des mots que le directeur d’une grande rédaction doit retenir. La surenchère de sondages témoigne d’une dérive médiatique préjudiciable à la démocratie, pas d’une manipulation à grande échelle. 

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