Un duo de journalistes français vient de remporter une manche face à l’un des principaux sites d’intox américains.

Fake news
Fake news © Getty / FilippoBacci

Ils s’appellent Aude Favre et Sylvain Louvet. Leur enquête sur le business des « fake news » a fait l’ouverture du magazine Complément d’enquête sur France 2, jeudi dernier. I

ls se sont interrogés : de quoi vivent les sites et les chaînes YouTube qui propagent des contre-vérités scientifiques et des mensonges conspirationnistes ? 

C’est une excellente question. Lorsqu’un média prospère, demandez-vous toujours quel est son modèle économique. Réponse, ici : les internautes convaincus via des appels aux dons ou bien, à l’ancienne, la pub dont ces canaux sont truffés et qui rapporte de l’argent.

Les deux journalistes remontent ainsi toute la filière publicitaire

Ils s’aperçoivent que certains annonceurs font preuve d’un cynisme écœurant (du genre, « je me fiche de savoir où va ma pub du moment qu’elle est vue »). Mais, la plupart du temps, dans les ramifications tentaculaires de l’Internet mondial, les marques perdent la trace de leurs bannières et de leurs spots de pub. C’est donc à leur corps défendant qu’elles contribuent à enrichir des pourvoyeurs de fausses infos.

Quand je dis enrichir, je pèse mes mots

Certains bâtissent des fortunes, comme Jim Hoft, le fondateur de Gateway Pundit, site de ragots et de théories du complot, devenu millionnaire. « Complément d’enquête » est parti l’interviewer dans sa luxueuse villa du Missouri.         

A peine nos deux journalistes français sont-ils rentrés que Jim Hoft publie un papier délirant accusant Bill Gates de les lui avoir envoyés pour le déstabiliser. 

Il menace maintenant d’attaquer en justice. Et pour cause, le robinet à pub du site Gateway Pundit s’est tari, il y a trois jours. En effet, « Complément d’enquête » pointe l’accablante responsabilité de Google dans la propagation des « fake news ». 

Google commercialise une part colossale des encarts pub du Web et, trop souvent, demeure sourd aux alertes sur la gravité des discours véhiculés. Aude Favre et Sylvain Louvet s’étaient rendus au siège de Google France pour demander des comptes : sans succès.

Las, anticipant la diffusion du reportage de France 2, la firme a finalement pris soin de démonétiser le site de Jim Hoft

Celui-ci, avec 50 millions de visiteurs par mois, réalisait probablement plus de 2 millions de dollars de chiffre d’affaires publicitaire. C’est énorme pour un type à qui la production d’information ne coûte rien, mais c’est une goutte d’eau à l’échelle des 450 milliards de dollars qui seront dépensés en publicité sur Internet d’ici à la fin de l’année.   

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