Hervé Gattegno, directeur des rédactions de "Paris-Match" et du "Journal du dimanche", a été écarté hier de ses fonctions.

Hervé Gattegno, ici en 2015
Hervé Gattegno, ici en 2015 © AFP / MEHDI FEDOUACH

Il a repris le "JDD" en 2016 et "Match" en 2019. Côté chiffres, le bilan est honorable. Les ventes de "Match" ne baissent plus que de 3%. Le "JDD, lui, grimpe carrément. Côté éditorial, le "JDD" tient le haut du pavé de l’actu chaque dimanche et fait parler de lui toute la journée jusqu’au lundi. "Match" est devenu, sous la férule de Gattegno, plus dense, mieux organisé, plus efficace. 

Il y a beaucoup à lire, moins à rêver, peut-être. Le magazine aurait perdu de son glamour. 

On parle pour remplacer Gattegno, de Laurence Pieau, ancienne patronne de "Closer", à l’origine de la couv' avec Hollande, l’infidèle à scooter. Bref, du scoop, du sensas’, du people, si ça se confirme.

Pourquoi virer Hervé Gattegno, qui a bien rempli sa feuille de route ? 

Sans doute parce que les deux journaux appartiennent au groupe Lagardère, dont l’actionnaire majoritaire est désormais Vincent Bolloré. Or, l’héritier Lagardère a lâché ses hommes en rase campagne. Arnaud Noury, patron de Hachette, la branche livre. 

Puis, Hervé Gattegno, patron de presse. Gattegno aurait-il eu l’heur de déplaire à Bolloré ? Pas impossible. 

Le 23 septembre, "Match" publie une enquête sur Sarah Knafo, bras droit d’Eric Zemmour. Le papier est cinglant. Toutefois, en couv', les Français découvrent le polémiste se baignant torse nu et enlaçant la jeune femme. 

Hervé Gattegno se serait ainsi mis tout le monde à dos : les soutiens d’Eric Zemmour (dont Vincent Bolloré qui l’a embauché dans le groupe Canal+), mais aussi ses détracteurs qui reprochent à "Match" de rendre Zemmour glamour.

Par ailleurs, Hervé Gattegno a, en novembre dernier, entraîné "Match" dans une affaire compliquée en recueillant, au Liban, le témoignage de Ziad Takieddine

Ce témoignage est celui d'un intermédiaire qui dédouane finalement Nicolas Sarkozy des soupçons de financement libyen dans la campagne de 2007. Or, l’article et la façon dont il a été dealé se sont retrouvés au cœur d’une information judiciaire. 

Le soupçon est d’autant plus pesant que Nicolas Sarkozy siège en personne au conseil d’administration du groupe Lagardère qui possède "Match".

La société des journalistes du magazine a exprimé son "profond malaise" face à cet imbroglio.

Ainsi va Hervé Gattegno, journaliste brillant, fin connaisseur de la politique et de la justice, agile patron de presse qui, par défi et par entêtement, donne lui-même le bâton pour se faire battre.

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