Youtube a suspendu la chaîne du président Bolsonaro pour une semaine.

Elle compte près de 4 millions d’abonnés. Tous les jeudis, Jair Bolsonaro s’en sert pour parler en direct à sa communauté. Un monologue sans note et sans effet de mise en scène, scruté et repris par de nombreux médias. Jeudi dernier, assis à bureau, ordi ouvert et paperasse négligemment éparpillée tout autour, le président brésilien palabre, exaspéré, sur les vaccins contre le Covid. Et, en cours de route, affirme que les personnes vaccinées ont plus de chance de développer le sida. Évidemment on ne le sait pas, car les citoyens n’ont droit qu’à des fake-news sur le sujet.

Encore une fois, la fake-news vient du président lui-même.

Aucun lien, jamais, nulle part, entre Covid et Sida ou entre vaccin et Sida. Mais, les propos de Jair Bolsonaro ont une telle portée hors des frontières brésiliennes que même le gouvernement britannique s’est fendu d’une mise au point officielle afin de ne pas laisser prospérer pareille rumeur.

La réaction la plus spectaculaire vient des Gafam, porte-voix du président brésilien. Facebook et sa filiale Instagram ont supprimé la vidéo. Comme ils l’avaient déjà fait pour un précédent opus en mars. Youtube avait déjà retiré du circuit une vidéo sur l’épidémie au mois de juillet. Cette fois, la mesure est assortie d’une sanction dont les seuls autres chefs d’Etat à avoir écopé sont Donald Trump et Nicolas Maduro : la chaîne de Jair Bolsonaro est suspendue pendant une semaine.

Des promesses aux actes. Le 29 septembre dernier, Youtube annonçait bloquer systématiquement les contenus de désinformation relatifs aux vaccins qui sont approuvés par le consensus scientifique et l’OMS. Les règles de publication de Youtube concernant le vaccin s’avéraient déjà très strictes et 130 000 vidéos sont passées à la trappe depuis un an. Elles durcissent encore.

Les nouvelles directives sont supposées néanmoins laisser libre cours au débat scientifique sur Youtube, en autorisant les discussions sur les politiques vaccinales, les essais de nouveaux vaccins, les échecs de tel ou tel labo, à condition de ne pas adopter de posture systématiquement anti-vax. Ce qui est précisément le cas de Jair Bolsonaro, lui-même non-vacciné et fervent détracteur de l’obligation vaccinale. Lui-même sous le coup d’une enquête parlementaire sur la gestion et le coût des vaccins au Brésil. Le président a d’ores et déjà fait savoir qu’il « chiait » sur la commission sénatoriale et qu’il ne répondrait pas.

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