Après la défaite de la majorité aux municipales, François Fillon a été conforté dans son poste par Nicolas Sarkozy, mais les relations sont désormais tendues entre le président et son premier ministre. "Jupiter les rend fous !" Jupiter, c'est la salle du feu nucléaire à l'Elysée, et Chaban Delmas à qui l'on prête la formule, visait en fait tous les premiers ministres de la Vème république, qui, à peine installés à Matignon, subiraient une sorte d'envoûtement particulier, qui les pousseraient à une chose et une seule, rêver de traverser la Seine pour changer de Palais, et accéder donc à... Jupiter ! Les relations des présidents de la Vème et de leurs premiers ministres successifs peuvent avoir commencé dans un climat de fidélité, elles sont souvent marquées par un rapport de commandeur à commis, qui souvent, tournent aigre ou vinaigre pour un désaccord bénin, un faux pas, un malentendu. Parfois, pour un simple soutien mégoté qui devient immédiatement trahison. De Gaulle/Pompidou. Après la fascination respectueuse du benjamin pour l'ainé, vinrent les premières incompréhensions. "Vive le Québec libre" clama un jour le général, "c'est une folie gratuite" confia Georges Pompidou à Alain Peyrefitte. Les événements de 68 eurent définitivement raison de leurs liens. Giscard/Chirac. Leur rapport de force politique tourna si vite à la haine tenace, que celle ci occupa l'espace politique à droite pendant près de 30 ans. Aujourd'hui encore, chacun ressasse à loisir les mêmes petites histoires un peu médiocres, l'humiliation de Chirac contraint à Brégançon de se tortiller sur une inconfortable chaise, quand le couple présidentiel en face trônaient dans ses fauteuils. Si Pierre Mauroy pleura d'émotion et de reconnaissance quand François Mitterrand finit par se séparer de lui ; s'il y eut bien peu de distance entre Laurent Fabius et le président, malgré le "moi c'est moi et lui c'est lui", l'affaire Greenpeace et la venue du général Jaruzelski qui "troubla" le premier ministre ; en revanche les relations entre François Mitterrand et Michel Rocard furent exécrables de bout en bout. Ils étaient rivaux. Après avoir vécu 3 ans et 5 jours à l'Elysée et Matignon, ils devinrent ennemis. Jacques Chirac sauva sa relation avec Alain Juppé par la dissolution. Jamais il n'eut le temps de le voir devenir un opposant, concurrent ou adversaire. Quand Jean-Pierre Raffarin, lui, en 2002, se figea en vassal, pour n'être point atteint de cette pathologie de Matignon, n'avoir d'autre ambition que d'y rester. Drôle de couple donc que cet exécutif de la Vème, que les institutions lient, et que leurs fonctions, divisent. Aujourd'hui, où en est-on de cette relation Sarkozy/Fillon ? A l'Elysée, des mots graves sont prononcés : "il nous a MANQUE pendant la campagne". Entendez, "il ne s'y est pas montré à la hauteur". En sous titre : qu'a-t-il fait de son petit matelas de popularité, sinon le thésauriser pour lui seul ? Matignon se défend de telles vilénies. Et est prêt à vous fournir le listing de tous tous les déplacements de campagne effectués par le premier ministre pour le président. Reste une fêlure, sinon une cassure. A l'automne, les deux hommes se sont affrontés une première fois sur le rythme et donc la méthode des réformes à mener, c'était sur les régimes spéciaux. Depuis, la popularité du second s'est nourrie de l'impopularité du premier, un comble pour ce "sondageophage" de Nicolas Sarkozy. Alors aujourd'hui, si François Fillon ne se vit pas encore, comme un éventuel recours pour la droite, Nicolas Sarkozy et son entourage l'envisagent à sa place et glissent dans le jeu d'autres ambitions pour contrecarrer la sienne : Xavier Bertrand, ministre du travail bombardé numéro 2 de l'UMP. Car dans ce drôle d'équilibre fait de confiance et de Terreur qui existe entre un président et son premier ministre, c'est le premier toujours, qui a la main. C'est lui, toujours, qui prépare et choisit, le successeur du second, sous des apparences respecteuses, le couple exécutif est en réalité souvent un couple à 3.

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