A la faveur de la crise, à la veille du G20 à Londres, il est question du « retour du politique ». On a l’habitude, à la veille des G7, G8, de faire des commentaires mi-moqueurs mi désabusés sur ces rencontres qui n’ont finalement que peu d’influence sur le cours des choses. Après les sommets en question, les Unes des journaux les moins inspirées abusent des titres poncifs du genre « La montagne accouche d’une souris ». Là, c’est différent. Même si les Français n’imposeront pas demain leur modèle de capitalisme pondéré par la puissance publique, si les Allemands ne convertiront pas le monde au capitalisme rhénan, si les Américains n’obtiendront pas que l’Europe triple les montants destinés à la relance, ce sommet marquera quand même un « retour du politique ». La façon, rusée et un peu lourdingue dont Nicolas Sarkozy menace de claquer la porte si rien ne bouge, prouve qu’en fait, il sait très bien que ça bouge un peu (d’ailleurs les conclusions sont pré-écrites). Et si ça bouge un peu, il pourra dire après « heureusement que j’ai été ferme »! Mais si ça bouge un peu, c’est bien qu’il y a un retour du politique. Les deux options qui seront exposées, sont chacune la marque d’un volontarisme politique. Et si elles sont, pour l’instant, concurrentes, elles ne sont pas forcément contradictoires. D’un côté, l’Amérique va plaider pour que le monde, et en particulier l’Europe, opère une relance plus importante. C’est une marque de volontarisme politique puisque c’est une façon de se départir de contraintes supposées être naturelles et intangibles : la contrainte budgétaire. L’autre volontarisme est incarné par le couple franco-allemand. Nicolas Sarkozy en tête veut profiter de ce moment pour, réguler, imposer des normes au capitalisme mondial. Dans les deux cas, on peut parler du retour du politique parce que cette alternative, en d’autres temps, aurait trouvé sur son chemin tout un tas d’économistes pour dire que ces solutions ne répondaient pas à la loi naturelle du marché, que l’histoire était finie. Les économistes libéraux qui dominaient le monde combattaient les déficits publics et la régulation. Ils ont échoué. Les politiques aujourd’hui nous proposent l’un ou l’autre, ou les deux. Ils ont pour eux la volonté et une certaine liberté de penser qui leur a été rendue par le crash du capitalisme financier. Nicolas Sarkozy a dit ceci devant des parlementaires UMP, je cite « La crise nous rend notre liberté. Elle nous donne la possibilité de renouveler notre corpus idéologique, la période est formidable pour nous parce qu'on se tourne vers nous, les politiques ». De son côté, Barack Obama, de par le choc positif qu’a suscité son élection, est l’incarnation du primat du politique. C’est un renversement après des décennies de primat de l’économie. Et ça se manifeste par le retour de l’Etat. Dans les deux propositions, américaine ou européenne, la puissance publique est au centre. L’Etat redevient la solution. C’est d’autant plus spectaculaire que l’Etat est réclamé, supplié à corps et à cris par tous ceux qui, hier, le considéraient encore comme une insupportable menace. Pourtant, depuis quelques années, certains économistes libéraux commençaient à s’alarmer et à proférer des analyses prémonitoires. Ainsi, cette phrase a été prononcée en 2003 : « les marchés sont myopes comme des taupes, sans une implication attentive de la puissance publique, la finance mène naturellement au désastre. » C’était en 2003 et c’est une citation de l’économiste Anton Brender qui était, à l’époque, directeur des études économique de Dexia, la championne franco-belge des produits financiers toxiques.

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