Vous faites des feuilletons maintenant ?! Ce matin, c’est la suite de votre édito d’hier ?!!Et pour ceux qui n’ont pas écouté hier ou qui se lavaient les dents pendant mon édito, je m’étonnais qu’après le désavoeu électoral des régionales, Nicolas Sarkozy convoque, encore une fois les parlementaires de l’UMP à l’Elysée, comme si il était le chef de la majorité. Et justement dans l’Express, Jean-Pierre Raffarin renchérit, cette semaine, sur ce thème dans une interview très instructive. On sait aussi qu’Edouard Balladur est plus que dubitatif sur le mode de gouvernance du président. Il faut écouter les anciens premiers ministres, ils ont de l’expérience et une grande liberté de parole parce qu’ils ont l’essentiel de leur carrière derrière eux (bon, c’est vrai ; il y en a qui en abusent un peu comme Dominique de Villepin mais là c’est particulier). Souvenez-vous, la semaine dernière, par exemple de l’intervention passionnante, et assez débridée de Michel Rocard sur la taxe carbone (ceux qui l’ont loupée parce qu’ils étaient sous leur douche peuvent toujours la retrouver sur le site de France inter…). Revenons à Jean-Pierre Raffarin. Il dit ceci, je cite : « Nous arrivons dans une impasse institutionnelle, le président doit choisir : soit il continue à assumer son exposition politique et dans ce cas, il faut évoluer vers un régime présidentiel à la française. Soit il revient à l'esprit de la Ve République, et renoue avec la conception du domaine réservé, plus ou moins large ». Alors qu’est ce que ça veut dire un « régime présidentiel à la française » ? Contrairement à ce que ce terme suggère, ça ne veut pas dire du tout que le président doit disposer de plus de pouvoir. Un régime présidentiel organise la séparation des pouvoirs de façon plus hermétique. Le président ne peut plus dissoudre l’Assemblée et le parlement ne peut pas censurer le gouvernement. Dans ce type d’organisation le président est au devant de la scène, il n’y a pas de premier ministre mais les parlementaires sont plus autonomes et ont plus de moyens de contrôle. La constitution américaine est un exemple de régime Présidentiel. En quoi la situation actuelle marque un déséquilibre ?Hé bien parce que nous ne sommes ni dans un régime présidentiel ni dans l’esprit de la cinquième république. On est dans un entre-deux bancal. Du coup l’impopularité du président pose problème. La popularité du président n’a pas un intérêt uniquement pour lui-même, un certain socle de popularité est la garantie d’apaisement des débats, de confiance générale du pays en ses institutions et en l’Etat que le président représente. Dans le cadre de la Cinquieme république, c'est-à-dire dans ce que Jean-Pierre Raffarin appelle « la conception du domaine réservé, plus ou moins large », le président n’est pas en première ligne pour l’action quotidienne. Du coup le premier ministre use sa popularité (s’il le faut) à réformer. En cas de crise ou de conflit grave, le président peut intervenir, user de son autorité non entamée. Le premier ministre ferraille avec l’opposition, il « clive » s’il le faut et le président calme, tempère…dénoue les situations bloquées grâce à une parole forte parce que relativement rare. L’une des façons classiques de sortir d’une crise c’est de changer de premier ministre ou de remanier le gouvernement. Tous ces leviers indispensables… hé bien Nicolas Sarkozy ne les a plus. Ils existent mais s’ils étaient actionnés, ça ne produirait pas grand chose. On a déjà changé trois fois de ministre des affaires sociales et les partenaires sociaux ne s’en soucient pas parce que le vrai, le seul ministre des affaires sociales c’est monsieur Raymond Soubie, conseiller à l’Elysée. Monsieur Soubie n’a jamais à s’expliquer devant les parlementaires et d’ailleurs on se demande pourquoi l’opposition continue à poser des questions, le mardi et le mercredi aux ministres. Les déséquilibres institutionnels ne se voient pas forcement à l’œil nu mais ils minent le climat politique et, finalement, nuisent à la réforme.

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