La dette publique française atteint désormais 1.500 milliards d’euros.C’est vraiment dommage, la polémique sur le bouclier fiscal a fait passer au second plan la publication officielle, hier, de la situation des finances publiques au sortir du gros de la crise de 2008-2009. Cette publication est pourtant essentielle puisque ces finances publiques vont occuper une place énorme dans le débat et les choix politiques des prochains mois et des prochaines années. Ce que dit l’Insee tient en trois chiffres, dont deux à mon avis méritent d’être retenus. Le premier, c’est donc le montant de la dette publique fin 2009, 1.489 milliards d’euros – retenons 1.500 milliards parce que le 1er avril, on est déjà bien au-delà - ; le deuxième est le niveau des dépenses publiques dans l’activité économique du pays, qui bat un record absolu à presque 56% du PIB ; le dernier, c’est le record, mais à la baisse cette fois, des prélèvements obligatoires, à 43% du PIB. Voilà, c’est dit et j’arrête pour les chiffres ! Vous disiez que deux sont importants ?Il y a quelques années, c’est le niveau des prélèvements obligatoires qui aurait été le plus commenté. Mais il a cette année un sens limité : il s’explique par les très mauvaises rentrées d’impôt et de cotisations sociales. Non, l’élément le plus important, c’est le déséquilibre des finances publiques. A cause d’un déficit élevé, 7,5% du PIB, le stock de dette a grimpé considérablement depuis deux ans et son niveau doit nous ramener quelque part aux alentours des années 1950. La France ne figure pas dans les mauvais élèves et il est logique d’avoir utilisé l’arme budgétaire pendant la crise. Mais le problème est que la France n’a jamais montré, depuis une trentaine d’années, qu’elle était capable de revenir dans un sentier normal. Et le niveau des dépenses publiques est tel qu’il faudra un effort considérable pour rééquilibrer les comptes. Nicolas Sarkozy et François Fillon en font-ils une priorité d’ici 2012 ?La stratégie est en réalité un peu plus subtile que cela et mérite d’être décodée. Fondamentalement, la France, comme les autres grands pays, considère que ce n’est pas encore le moment de serrer les vis budgétaires. Faute d’un redémarrage clair, indubitable et puissant, leurs économies ne sont pas encore en état de subir des ajustements financiers importants. Les pays du G20 l’ont décidé ensemble : en 2010, on ne change rien. Mais attention, les marchés veillent, le cas grec le montre. Donc, il faut dire que l’on change et envoyer des signaux redonnant, à la France notamment, la crédibilité qu’elle n’a plus depuis longtemps. C’est pour cela que les retraites, dont la réforme n’aura pas d’effet sur la conjoncture, sont autant mises en avant. Aux yeux du gouvernement, ce qui compte, ce n’est pas le point d’arrivée sur les déficits, mais le mouvement. C’est le prochain budget, celui de 2011, qui sera donc rigoureux ?Oui, s’il y a de la croissance. Et c’est nécessaire si l’on ne veut pas arriver à 100% de dette publique. Mais, naturellement, cela pose un redoutable problème politique. Le meilleur scénario, pour un responsable politique comme un gastronome, c’est de commencer un repas, un mandat, par le poivré, puis le salé et enfin le sucré. Faire l’inverse pose des problèmes de digestion.

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