**François Hollande est officiellement candidat à la Présidence de la République.Oui, et sa déclaration de candidature était simple, sobre, pas trop solennelle. Une certaine gravité qu’il serait assez facile de tourner en dérision parce que tout le monde savait qu’il serait candidat, parce que François Hollande, très malin, a organisé un faux suspens sur sa réélection à la tête du département de la Corrèze. Réélection qui lui donne une légitimité fraîche et de terroir. François Hollande est un produit de saison, de l’authentique. On pourrait sourire de ses efforts de relooking, de son régime qui n’en finit pas (ici d’ailleurs, quand il vient le matin, on lui cache les viennoiseries par charité chrétienne). On pourrait se dire à quoi bon cette déclaration millimétrée, un rien dramatisée? Après tout ce n’est qu’une candidature à la candidature d’un responsable politique qui n’a jamais été ministre alors que le roi des sondages (qui est quasiment sur la même ligne politique que lui) va débarquer dans quelques mois, bardé de son impressionnante expérience gouvernementale, auréolé de sa dimension internationale. Et puis, quand même, en écoutant François Hollande se déclarer, on se dit : ce n’est pas rien pour un homme ou une femme de prononcer ces mots. Les mots qui révèlent autant la dimension d’un égo que la réalité d’un altruisme. Ces mots : « je me présente à la présidence de la République Française » sont, dans une démocratie, des mots respectables. Dans la forme, il joue à plein le contre-modèle par rapport à Nicolas Sarkozy !Bien sûr. Il y a dans l’impopularité actuelle du Président plus qu’un aspect purement politique, il y a une question de gouvernance, une façon d’être et d’incarner la fonction qui déroute une bonne partie de l’électorat. Dès lors, tous les autres candidats prendront soin de grossir les traits qui pourraient les différencier le plus possible du Président. François Hollande joue la sobriété, le sérieux, la république un peu radicale et provinciale, la bonhommie responsable. Le « moi » est remisé, le « je » est remplacé par le « nous ». Le slogan répété à l’envie, hier par François Hollande était « mettre la France en avant ». Un slogan sans éclat ni originalité mais qui a l’avantage de dire « ce n’est pas moi qui est mis en avant mais la France ». Il faut le constater, François Hollande fait très bien le contre-modèle sarkozien. Il a le vent en poupe, il est haut dans les sondages, il est à la mode. Sur un plan plus politique, il occupe le créneau porteur et rassurant de la gauche modérée, acceptable par les centristes en déshérence. Ce créneau est libre puisque Dominique Strauss-Kahn ne peut pas encore l’occuper. La détermination du candidat est bien sûr officiellement totale mais en disant, je cite : « Il faut à un moment qu'il y ait des idées et une incarnation du changement »…il semble dire, peut être sans l’avoir calculé d’ailleurs, « je garde le créneau politique en attendant le vrai candidat ». Il faut dire qu’au-delà de la légitime ambition de chacun à tenter sa chance jusqu’au bout, on a du mal à imaginer la compétition entre deux hommes qui sont exactement sur la même ligne pour ce qui sera le cœur du débat : la politique économique et son financement. Là encore, face à l’homme providentiel, à la star mondiale, ami de tous les puissant, François le corrézien va faire « l’homme normal ». D’ailleurs depuis plusieurs mois, il sur-joue déjà le contraste avec Nicolas Sarkozy en répétant qu’il faut un « président normal ». C’est bien vu même si l’on peut se demander si l’homme qui prononce cette phrase insensée « je me présente à la Présidence de la République » peut être un homme tout à fait normal.**

L'équipe
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.