Manuel Valls est nommé Premier ministre.

Il y a une logique à cela… Une logique et un risque… La logique d’abord, Manuel Valls, d’origine rocardienne occupe le flan droit du PS. On a l’habitude, aujourd’hui de voir en lui l’homme de la sécurité, de l’ordre, de l’autorité. Il tire, d’ailleurs, sa popularité de ce positionnement qui plait à une large part de l’opinion et aussi à de nombreux élus locaux socialistes. Mais ceux qui ne l’aiment pas à gauche, le détestent vraiment… également pour ces positions-là, pour son refus (et la façon dont il l’exprime) du droit de vote des étrangers aux élections locales ou la dépénalisation du cannabis par exemple. Manuel Valls a donc un profil plutôt clivant. Après tout, on ne peut pas reprocher à François Hollande sa propension a toujours chercher le consensus et donc à manquer de savoir-faire dans le maniement de la hache pour trancher… et lui reprocher, à la fois, de s’adjoindre un homme au caractère décideur. Mais la logique vient aussi et surtout d’un autre aspect : les questions économiques. Manuel Valls représentait, quand il était candidat à la primaire socialiste en 2011, la tendance sociale-libérale du PS. Il défendait, sur les retraites, les déficits, les impôts, la compétitivité des entreprises, des idées tout à fait raccords avec ce que tente d’appliquer François Hollande aujourd’hui. La nomination de Valls est donc cohérente avec la demande d’autorité exprimée par les urnes dimanche et avec la ligne économique de maîtrise des déficits que le Président veut continuer à suivre. La logique enfin c’est la clarté du message de Manuel Valls en général. Que l’on soit d’accord avec ses positions politiques ou pas, au moins Valls n’est pas un adepte du Cardinal de Retz, qui trouvait des vertus à l’ambiguïté. De ce point de vue, disons que le couple à la tête de l’exécutif sera complémentaire…

Une logique donc… mais aussi un risque !

Oui, le risque, c’est la fragilité des discours à coups de menton. La popularité de Manuel Valls a été acquise au ministère de l’Intérieur. Sortir populaire du ministère de l’Intérieur c’est un peu comme sortir bronzé de dessous une lampe à UV. C’est assez facile (beaucoup plus que de sortir populaire du ministère de l’économie ou de Matignon)… et largement artificiel. Le ministère de l’intérieur fournit une image d’autorité, grâce à des postures et à l’incarnation, même physique, de l’ordre. Au fond, peu importe presque les résultats. De toute façon, personne ne croit les chiffres de la sécurité. La sécurité (contrairement au chômage et au pouvoir d’achat) est un domaine pour lequel, politiquement, le thermomètre a presque autant d’importance que la fièvre elle-même. Maintenant Manuel Valls va faire de la vraie politique avec des vrais déficits et des contraintes qu’aucune posture de matamore ne suffira à mater. Enfin le risque que prend le Président est celui de voir rétrécir sa base majoritaire. Les écologistes ne veulent pas faire partie d’un gouvernement Valls (Pascal Canfin va nous expliquer pourquoi dans quelques instants), quelques députés de l’aile gauche du PS se demandent encore s’ils vont voter la confiance au nouveau Premier ministre… du coup, François Hollande se retrouve dans une situation quand même assez paradoxale : après avoir perdu de façon magistrale des élections intermédiaires, le chef de l’Etat choisit de réduire le périmètre de sa majorité… C’est osé… mais finalement « osez » n’était-ce pas aussi l’un des messages adressés à François Hollande, les 23 et 30 mars ?

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