La campagne des européennes est lancée... et il y a un besoin de clarification.

Progressistes, populistes, conservateurs écologistes ?? Que recouvrent ces mots? On parle de ‘recomposition’ mais avant la recomposition, il y a la décomposition. Et entre les deux, la ‘redéfinition’. Nous n’en sommes que là. Redéfinir les mots d’abord. En politique, les mots sont des véhicules qui changent souvent de cargaison, d’acception. La période est au transbordement. L’arrivée au pouvoir de populistes dans l’est de l’Europe, leur montée en puissance partout, fournit, en ce moment, à nombre de chercheurs, matière à essais pour définir ce nouveau populisme démocratique, issue d’une volonté populaire. Certains populismes de l’Est sont à la fois nationalistes et économiquement très libéraux. Il y a un populisme de gauche, socialement plus allant que le progressisme libéral qui prétend différencier la lutte contre l’injustice de la lutte contre les inégalités. Le populisme est multiforme et contradictoire. Si le RN et LFI, qui s’en revendiquent, peuvent dire ‘non’ ensemble (avec les Gilets jaunes, par exemple) on ne les voit pas pouvoir dire ‘oui’ de concert !

Les progressistes aussi peinent à se définir !

Oui, l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron ne suffit pas à le définir. Ce ‘progressiste’ cède d’ailleurs du terrain idéologique, en ce moment, sur le plan du libéralisme politique, avec des lois sécuritaires et le report de la PMA, et sur le terrain symbolique avec l’exaltation, hier sur le plateau des Glières, de l’enracinement comme ‘valeur nationale’ ! Voilà sans doute pourquoi, s’agissant de son projet européen, Emmanuel Macron se tourne vers l’écologie, afin de donner un contenu tangible à son progressisme. Mais Manon Aubry de LFI, Raphael Glucksmann, Yannick Jadot, François-Xavier Bellami de LR, n’ont pas tort quand ils contestent la pertinence du clivage populisme versus progressisme. Pour autant, ils ne savent pas en imposer de plus évident ! Et pourtant la démocratie a besoin de clivage ! Peut-être avant de le déterminer (et de se mettre d’accord sur le fait qu’il ne peut pas s’agir simplement du bien contre le mal),  encore faut-il définir ce que l’on veut pour la société. Deux grandes aspirations dominent. L’aspiration écologique (sauver la planète) et l’aspiration nationale (sauver son morceau de planète). Le vrai clivage, celui qui serait le plus raccord avec la réalité des tréfonds politiques de nos pays, ne serait-il pas, dès lors : écologisme vs nationalisme ? Ce n’est pas pour rien si toutes les listes de gauche se teintent de vert et si toutes celles de droites se raidissent sur la nation. Le problème de ce clivage, c’est qu’il n’est pas encore mu par des utopies ou simplement par du souhaitable, mais toujours par de l’angoisse vitale : l’une environnementale, l’autre identitaire. Quand ces deux offrent politiques trouveront leurs traductions positives, enthousiasmantes (si elles les trouvent), elles redeviendront sans doute la gauche et la droite. Pour l’instant, les mots et les choses politiques ne sont pas encore en place pour un débat clair. Nous sommes en transition... et comme disait le grand politologue Francis Blanche:  ‘dans un monde qui change, il vaut mieux penser le changement que changer le pansement’...

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