Au moment où s’ouvre la conférence de Poznań en Pologne sur le changement climatique, retour sur le virage écologiste de la droite française. Ce glissement idéologique, si l’on y réfléchit, est une évolution des plus spectaculaires. Toute la droite est maintenant convaincue de la nécessité de réorienter l’économie en fonction de l’urgence écologique. En réalité, début 2007, c'est-à-dire il n’y a pas deux ans, le mot « écologie » était encore, pour Nicolas Sarkozy, un avatar du gauchisme ou la lubie d’un Jacques Chirac finissant, parce que le premier à droite à avoir pris ce virage en épingle à cheveux, c’est Jacques Chirac. Et l’homme qui a murmuré la musique écologique à l’oreille du Président d’alors, c’était Nicolas Hulot. Nicolas Sarkozy est venu à l’écologie plus tard. Pendant la campagne présidentielle, le formidable écho du discours de Nicolas Hulot a intrigué l’autre Nicolas. Le futur Président s’était empressé de faire des sondages qualitatifs sur ce discours et s’était rendu compte qu’il recueillait un écho très favorable parmi les électeurs de droite comme de gauche. Et puis, il s’est mis à lire des rapports, toujours plus nombreux, de scientifiques, d’économistes de tous bords. Et tous allaient dans le même sens : il y a urgence. La planète est en danger. Entre temps, le candidat était devenu Président et convaincu de la pertinence de ce qui n’était au début qu’un discours tactique. La majorité n’a pas tout de suite été convaincue. D’ailleurs, les premières discussions autour du Grenelle de l’environnement étaient très contestées à l’UMP. Mais le Président les a retournées comme une crêpe avec une formule magique : « la croissance verte », basée sur la transformation des infrastructures du pays pour répondre au défi écologique et aujourd’hui, pour répondre à la crise, comme le répète encore ce matin Jean-Louis Borloo, le ministre de l’écologie, dans « Les Echos ». Une croissance chiffrée et créatrice d’emploi. Alors c’est vrai, le parlementaire lambda, quand il entend Cécile Duflos ou Daniel Cohn-Bendit parler de « croissance verte », il entend surtout verte. Quand c’est le Président, il entend « croissance » et ça sonne plus doux à ses oreilles. Mais les verts, eux, ne parlent plus de « croissance verte ». Il faut savoir que désormais, cette formule est considérée par les écologistes comme un pis-aller pour politicien qui découvre la lune. Maintenant que les thèses des écologistes sont validées par tous, c’est le moment de pousser le bouchon un peu plus loin se disent les verts et leurs alliés. Il ne faut pas parler de « décroissance » tout court, c’est un mot toujours mal poli qui fait référence à des économistes considérés comme des hurluberlus. Donc, les écolos ont trouvé le truc : dans leurs nouveaux textes, maintenant, on parle de décroissance de « l’empreinte écologique », ou de décroissance de « flux de matière première ». On ne met plus l’adjectif « verte » à la croissance, on met un complément à la décroissance pour ne pas effrayer le productiviste qui sommeille dans tout député UMP ou PS ! Les écologistes expliquent par exemple qu’il faut une croissance du rail et une décroissance de la route. Le but est de promouvoir une société de modération, la fin de la course à la consommation. Mais la décroissance, nous y sommes. On appelle ça la récession. Presque, et si elle dure, il y a fort à parier que le monde politique classique sera ravi de trouver un habillage, un vocable positif à la récession comme « décroissance maîtrisée ». On en est très loin. Pour l’instant, le Président du « Travailler plus pour gagner plus » trouve surtout génial que son concept de croissance verte soit compatible avec son slogan. D’ailleurs, les discours de sortie de crise ne se basent que sur des politiques de relances de l’activité, ce qui montre que –malgré le chemin parcouru- pour être de vrais écolos, le Président, la droite et la gauche française ont sans doute encore besoin de quelques années de récession de l’économie, de catastrophes naturelles et d’émeutes de la faim !

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