**Vous revenez ce matin sur le débat autour de l’immigration.Oui et sur son utilisation par le PS comme par l’UMP. Celui, quand même, qui est toujours le premier à remettre ce sujet sur le tapis, quand les élections arrivent c’est Nicolas Sarkozy... on l’a vu avec l’idée de faire lancer un débat sur l’identité nationale par le ministre de l’immigration et de l’identité nationale. La raison stratégique de l’utilisation à outrance du thème « immigration » est à chercher dans la volonté d’antagoniser les positions entre la gauche et la droite et de créer une illusion de clivage, là où dans les faits, il y en a peu. Car dans la pratique quotidienne de la politique d’immigration de la gauche au pouvoir entre 97 et 2002 ou la droite depuis, il y a très peu de différence. Quand Martine Aubry parle de régularisation « large » ou soutient des parrainages de sans papiers et quand le président lui répond que c’est irresponsable, c’est, en grande partie, un théâtre d’ombres. En fait, aucun d’eux ne remet en cause les critères de régularisation fixés par la loi. Pourtant la première donne une impression d’ouverture ou de laxisme quand le second se donne une image de fermeté ou installe une ambiance de chasse à l’immigré. En réalité personne, ni le ministère de l’immigration, ni les associations qui s’occupent de ces questions ne sont en mesure de donner des chiffres de régularisation. On sait simplement que les critères sont diversement interprétés par les préfets et qu’au delà des régularisations classiques (plusieurs dizaines de milliers par ans) il y a aussi ce que l’on appelle le système de régularisation « au fil de l’eau » qui permet de sortir des critères pour des raisons familiales ou humanitaires. Ces chiffres de régularisation ne sont pas non plus connus, donc on ne peut pas les comparer avec ceux qui étaient pratiqués sous la gauche. Pour ce qui est du fameux slogan de l’ « immigration choisie », comme pour beaucoup de slogans de la campagne 2007, inapplicables, il est resté lettre morte. En dehors de la publication d’une liste de métiers dits sous tension, il s’est traduit dans les faits par… rien du tout. Quand la gauche était au pouvoir, les ministres donnaient déjà des consignes pour augmenter le nombre de régularisations dans les métiers sous tensions. Mais on a quand même les chiffres des expulsions… et ce ne sont pas les mêmes pour la droite ou la gauche ?! Si ?Hé bien si quasiment. Quand Lionel Jospin était premier ministre, le chiffre des expulsions tournait autour de 15.000, aujourd’hui il est de 27.000. Ce quasi doublement (8 ans après) est tout à fait dérisoire et largement artificiel. Dérisoire parce que l’on parle de 27.000 sur une estimation d’étrangers en situation irrégulière qui varie de 200.000 à 400.000 ; artificielle parce que l’on sait que dans les 27.000 expulsions, on compte beaucoup de roumains qui rentre chez eux au terme d’accords et reviennent en suite, en France en bus. L’UMP comme le PS n’aiment pas beaucoup que l’on mette en avant ces similitudes parce que le thème de l’immigration est un marqueur idéologique fort. C’est d’ailleurs assez fascinant cette capacité à offrir un discours aussi radicalement opposé pour qualifier des politiques finalement aussi similaires. De ce point de vue, d’ailleurs il faut souligner que Ségolène Royal ou François Bayrou se distinguent en refusant un discours éloigné des pratiques basées sur des critères qui ne sont pas contestés. L’opinion ne semble pas réclamer d’excès ou de solutions radicales sur ce sujet. Un sondage IFOP publié par l’Humanité hier nous dit que 64% des français estiment qu’il faut régulariser au cas par cas les sans papiers qui sont dans les entreprises (c'est-à-dire ce qui se faisait, sous la gauche et ce qui se fait encore aujourd’hui), 24% se disent favorables à une régularisation de l’ensemble des salariés sans papier. Ce chiffre qui reflète une certaine ouverture est en augmentation de 3% par rapport à l’année dernière. Enfin, seul 12% sont opposés à toute régularisation, un chiffre en baisse de 4 point! bien loin des idées reçues.**

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