Oui, et il y a depuis le début de la semaine, de la part des commentateurs français, une sorte de musique assez critique, une défense bien sage des pouvoirs qui seraient violés dans leur intimité. Comme si on se faisait les défenseurs zélés de la raison d’Etat, comme si l’on oubliait la notion de contre pouvoir que la presse est censée représenter… parce qu’au fond, ces révélations ne mettent personne en danger et ne contrarient pas vraiment les politiques adoptés par les pays et gouvernants cités. Elles peuvent être embarrassantes pour les Etats-Unis qui demandent par exemple à ses diplomates de relever le plus d’informations personnelles possible, numéros de carte de crédit, codes secrets d’accès aux ordinateurs, ADN de leurs homologues partout dans le monde. Beaucoup de pays arabes peuvent se sentir ridiculisés à voir mis au grand jour le fait de s’en remettre aux Etats-Unis pour faire un sort à l’Iran tentaculaire qui les panique. Quelques dirigeants de grandes démocraties comme Angela Merkel et Nicolas Sarkozy peuvent être agacés de se voir dépeindre avec leur travers, soulignés pour le plus grand nombre. Mais avec ces passionnantes ou anecdotiques mises au jour, on est loin de la dictature de la transparence tant décriée par bon nombre de dirigeants du monde entier mais aussi par certains journalistes et intellectuels. Ces révélations sont-elles des objets journalistiques, Thomas ?Oui, elles le sont devenues par le truchement des cinq journaux qui ont traité ces révélations. On peut toujours discuter de la qualité de la source, de sa motivation mais que Wikileaks ait choisi de passer ses informations par le prisme journalistique est, en réalité une divine et rassurante surprise. Tous les paranoïaques qui ne voient en internet qu’une vaste poubelle, siège d’un nouveau fascisme, voyaient en wikileaks un Démosthène et en son concepteur, Jullian Assange une sorte d’anarchiste faustien prêt à livrer les secrets d’une grande démocratie pour l’affaiblir. Hé bien, au moment de livrer ses dernières informations, wikileaks décide, non pas les déballer, comme ça, au vu et au su du public mais de changer radicalement d’orientation et de confier sont incroyable paquet d’infos brutes à cinq organes de presse reconnus et respectés dans le monde entier. Le travail journalistique ici effectué de façon responsable passe au tamis de la vérification de la contextualisation, de la hiérarchisation, la matière première fournie par Wikileaks. En clair Wikileaks aurait pu, en suivant sa logique habituelle faire de ses informations un brûlot informe, sujet à toutes les interprétations et toutes les déformations, il a préféré (sans doute pour redorer son blason) s’en remettre aux professionnels de l’information. wikileaks tombe du bon coté. Que les diplomates soient inquiets, furieux, vexés, que les tenants de la réal-politique et du cynisme soient contrariés, que les théoriciens du complot y voient la main sournoise de l’Amérique manipulatrice qui voudrait jouer l’opinion pour on ne sait quel motifs tordus, rien d’étonnant... Mais le résultat est là, la lecture des cinq journaux en question nous informe, nous aide à comprendre, les relations internationales, sans danger pour personne. La presse est aussi là pour assurer sa part de contre pouvoir non institutionnel. La compétition entre le secret des Etats (nécessaire mais par définition abusif comme le pouvoir) et la presse qui doit chercher à réduire le périmètre du secret de façon responsable, cette compétition est nécessaire à la vivacité de la démocratie.

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