Le Président doit faire un discours important aujourd’hui sur l’Europe, la France et « les crises ». Il a décidé de le prononcer à Toulon.

Oui, Toulon, là où il avait fait, en septembre 2008, son premier discours sur la crise. Discours resté dans les mémoires parce que Nicolas Sarkozy y avait fait le procès du capitalisme financier et pour y défendre la régulation, l’intervention de l’Etat. C’était un discours frappant parce qu’il marquait une rupture idéologique. Nicolas Sarkozy n’a, certes, jamais été un ultra-libéral mais, enfin, l’un des messages de sa campagne de 2007 était quand même d’affirmer que la France devait se réformer pour s’adapter à un monde où régnait plutôt la dérégulation. Aujourd’hui, le Président retourne donc à Toulon. On se dit que ce geste politique a un sens. J’ai donc relu le discours de Toulon numéro 1 pour évaluer, l’impact des paroles sur les actes. Le Président y avait fait deux promesses solennelles : « l’Etat garantira la sécurité du système bancaire français ». Jusqu’ici, cette promesse est tenue. Deuxième promesse : « je n’accepterai pas de hausse d’impôts ». Promesse non tenue, plan de rigueur oblige. D’autres paroles sur la moralisation du système financier, sur les paradis fiscaux sont restées, pour l’instant des paroles en l’air malgré le G20 consacré à ces questions… Le ton du discours était très offensif : il dénonçait le délire spéculatif, « l’idée que les marchés ont toujours raison est une idée folle » disait Nicolas Sarkozy avant de dénoncer, déjà, l’attitude des agences de notation qui n’avaient pas su voir venir la tornade… L’ironie, c’est qu’aujourd’hui c’est sous la menace de ces mêmes agences de notation, que les gouvernements d’Europe multiplient les plans de rigueur, réduisant ainsi leurs marges de manœuvre et entravant un peu plus le fameux retour de l’Etat tant vanté par le discours de Toulon numéro 1.

Car dans le discours de Toulon numéro 1, il n’est pas question de la dette ?

A peine, c’est ça le plus frappant… La dette n’est vraiment pas le sujet principal, les déficits non plus. Il faut attendre la 6ème page d’un discours qui en compte 9 pour que la question soit abordée et encore on ne sent pas, dans le propos qui est tenu, que l’on se dirige vers une rigueur généralisée. En 2008, la crise était due au capitalisme fou, à la financiarisation de l’économie, à la cupidité des plus riches, à l’ivresse des traders. Idéologiquement la crise accusait le libéralisme et, du coup, obligeait la majorité à quelques contorsions. L’action publique redevenait la panacée. Trois ans après, la crise a évolué, et ce sont les Etats qui sont accusés. La dépense publique est montrée du doigt. La dette, le déficit nous menacent et là, c’est la gauche, par nature plus interventionniste, qui est la plus mal à l’aise… même quand elle n’est pas au pouvoir. On change de méchant ! L’accusé emblématique n’est plus le spéculateur, le patron indélicat qui place ses liquidités dans des paradis fiscaux mais l’assisté, le fraudeur social, l’étranger de trop. Malgré ce changement de contexte le discours de Toulon numéro 2 va certainement revenir sur les thèmes de Toulon numéro 1. Mais il sera, cette fois-ci question de rigueur, de convergence avec l’Allemagne, d’Europe… En relisant Toulon 1 on s’aperçoit que les mots s’usent… le plus grand défi du Président sera finalement d’une simplicité cruelle et vitale à la fois : convaincre les Français qu’il a encore un peu prise sur le cours des choses.

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