Comment peut se passer la primaire de la gauche avec un président en exercice ?

C’est une question que les socialistes n’avaient pas envisagée lorsqu’ils ont inscrit dans les statuts de leur parti que la primaire aurait lieu, quelle que soit la situation, tous les 5 ans. Peut-être avaient-ils imaginé que pour un Président sortant, la primaire (comme aux Etats Unis) serait de pure forme. La simple validation d’une légitimité évidente. En politique, on manque toujours d’imagination quand il s’agit de prévoir la cruauté (et la date) de la fin. Quand François Hollande avait dit qu’il voulait être un président normal, il signifiait un homme normal-Président, simple et accessible. C’était une démarche vertueuse raccord avec la critique du penchant monarchique de nos institutions. Dès lors, un président normal se doit d’accepter de bonne grâce de se soumettre à la primaire s’il veut se représenter. Sauf que pour enrayer sa chute de popularité, François Hollande a décidé (et aussi parce que les attentats, le tragique de l’histoire, l’y conduisaient) de jouer à fond la carte du président en majesté lors des multiples cérémonies d’hommage aux victimes du terrorisme ou de la guerre de 14/18. Cette posture olympienne, perchée sur les hauteurs de sa fonction, loin de la normalité revendiquée au début, n’est pas vraiment compatible avec un retour dans le bain partisan d’une primaire.

Peut-il se présenter, hors du cadre de la primaire?

L’Elysée teste l’idée en laissant penser qu’il y réfléchit. En effet, comment le président de tous les Français, qui tire sa légitimité d’une élection nationale, peut-il se retrouver au niveau de ce qui reste une élection (certes ouverte) mais interne, partisane ? Ses amis (entre guillemets) qui lui expliquent que justement la primaire constitue une étape idéale, pour se re-légitimer, d’abord au près des siens, avant d’affronter l’ensemble du corps électoral, ces « amis » là veulent en réalité sa mort politique. Vu l’état de l’opinion prête à jouer au chamboule-tout politique avec tous les sortants possibles, une présence de François Hollande à la primaire serait des plus parieuses pour lui. Mais il est coincé. Il ne peut décemment pas se présenter hors primaire. Ce ne serait possible que si un vaste mouvement de soutien se levait à travers le pays pour le lui demander ! visiblement on n’y est pas ! Si malgré tout il décidait d’y aller en évitant la case primaire, il ne bénéficierait d’aucun appui de l’appareil de son parti et même serait combattu par lui. Il lui faut donc passer par la primaire. Mais que serait le poids, en France et à l’étranger, jusqu’en mai 2017, du Président, s’il était battu dans une compétition interne à son propre camp en janvier ? François Hollande hors primaire serait un homme seul et impopulaire. François Hollande à la primaire risquerait de la perdre, donc de porter un coup terrible à la fonction présidentielle, au moins pour ses 4 mois encore en fonction à l’Elysée ! Cette fin de mandat ressemble, tout simplement, pour François Hollande à une impasse. Mais…par les temps qui courent, le plus sûr en politique (et c’est vraiment là le dernier et maigre espoir de François Hollande), c’est l’imprévu et le renversement de situation.

Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.