Dans votre édito ce matin : retour sur l’affaire Villepin-Clearstream !Oui… retour sur la «séquence » (pour reprendre un terme à la mode chez les communicants politiques énervants), la « séquence » Clearstream de la semaine dernière, pour remarquer qu’elle souligne encore une fois l’un des aspects caractéristiques de notre vie politique : la prééminence de la posture. Prendre la pose. Ici Dominique de Villepin prend la pose de la victime d’un acharnement. Il l’est sans doute un peu mais la mise en scène de sa victimisation à quelque chose de gonflé. La façon dont il souligne son état de victime, nous expliquant qu’il sait comment ça marche de l’intérieur, est révélatrice de ce que furent aussi les années Chirac (et sans doute les années Mitterrand)… c'est-à-dire exactement les mêmes, du point de vue de l’instrumentalisation de la justice. « Je sais comment ça marche j’ai fait pareil » dit en substance Dominique de Villepin pour nous convaincre que c’était bien la main de Nicolas Sarkozy qui s’était glissée dans la marionnette de Jean-Claude Marin, le procureur de la République de Paris. Un peu comme Vidocq et ces truands devenus policiers et donc à qui on ne la fait pas. Ce serait assez intéressant si Dominique de Villepin nous expliquait comment l’Elysée de l’ère Chirac a fait en sorte que les poursuites contre le président d’alors trainent et s’enlisent, comment tous les amis, chefs d’états africains, de la France pouvaient continuer à amasser en France leurs biens mal acquis, à l’abri d’une justice qui n’y regardait pas de plus près. Dominique de Villepin a lui-même (dans un passé pas si lointain) glissé la main dans les marionnettes qu’il dénoncent aujourd’hui. Alors peut être que, victime de ce système, il prend conscience de son caractère peu démocratique mais sa dénonciation aurait plus de force si elle s’élargissait au système et comportait une part d’autocritique. Est-ce que la « séquence » Villepin marque une recomposition à droite ou est-ce un épiphénomène ?On verra ça après les régionales parce que là, on va entrer dans une période de domination de l’actualité politique par les partis, plutôt que par les personnalités. Les élections régionales sont des élections locales dans lesquelles ce sont les organisations partisanes et non les individualités qui sont en première ligne. Ce week-end le PS et l’UMP ont lancé leur campagne. C’est François Fillon, le premier ministre qui est à la manœuvre pour l’UMP. Vous avez remarqué que Nicolas Sarkozy est en retrait. L’émission de lundi dernier aura sans doute été un dernier coucou avant une période d’activité plus strictement présidentielle. Le président et les dirigeants de l’UMP ont décidé que Nicolas Sarkozy se tiendrait à distance de la campagne ce qui est une nouveauté depuis 2007 et un retour à un fonctionnement plus classique et plus conforme aux institutions dont la logique veut que le chef du gouvernement (responsable devant le parlement) soit, de fait chef de la majorité. Du coup l’existence médiatique, donc politique de Dominique de Villepin sera plus difficile à alimenter puisqu’elle se nourrit de son opposition, non pas à l’UMP (dont il est membre) mais bien au président de la République. La période de la campagne des régionales est mécaniquement plus compliquée pour les dissidents. De l’autre coté de l’échiquier politique, au PS il en va de même pour Ségolène Royal qui (vous l’avez remarqué) se fait très discrète sur la scène nationale pour ce concentrer sur sa région. La survie politique de Dominique de Villepin dépendra, bien sur des suites judiciaires de l’affaire clearstream mais aussi, après les régionales de l’attitude du président. Conservera t’il cette posture (on y revient) de président classique et arbitre (et nouvelle pour lui) qu’il semble vouloir endosser en ce moment ou se laissera t’il gagner à nouveau par son penchant naturel, l’hyperactivité et la mise en avant de sa personne ? De ce choix stratégique du président, dépend en grande partie la réussite de l’entreprise politique de Dominique de Villepin.

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