Hier, Nicolas Sarkozy présentait ses vœux à la presse et le Président, dans un discours caustique, s’est présenté en victime des journalistes.

Oui, Nicolas Sarkozy pense qu’il a la presse contre lui. Mais la question n’est pas de savoir si l’on aime ou pas Nicolas Sarkozy, ni même si l’on est d’accord avec sa politique. Le problème -parce qu’effectivement il y a un- c’est la façon de communiquer du chef de l’Etat qui a placé les journalistes au centre d’une guerre entre l’information et la communication. Ce qui a nourri les hostilités c’est d’abord cette stratégie en début de mandat de multiplication d’annonces, de préférence polémiques, pour occuper l’espace médiatique. La stratégie, dite du « tapis de bombe » était d’ailleurs tout à fait assumée. Pour tout, dire la presse a souvent eu l’impression de se faire « balader ». Le Président avait promis une communication plus transparente avec un porte-parole, des conférences de presse ouvertes, la participation à des émissions de radio ou de télé non spécifiques, comme pour tous les chefs d’exécutif de pays démocratiques. Et ça n’a pas été le cas. Il y a eu ce sentiment, ressenti par les journalistes que le Président était ami avec les patrons et stars de la presse mais n’avait pas respecté sa promesse de modernisation de la communication élyséenne.

Donc il y a bien quelque chose de brouillé entre la presse et le Président ?

Oui, et la nomination directe des patrons de l’audiovisuel public a été très mal été vécue. Cet anachronisme n’a pas eu d’effet sur l’indépendance des chaînes en question, chacun peut en juger, mais c’est le regard des auditeurs et des téléspectateurs sur nous qui a été altéré. Notre profession n’est pas aimée et ça ne l’a pas aidé. Cependant, nos relations tumultueuses avec le pouvoir ne doivent pas se traduire par un surcroît de critiques sur l’ensemble de la politique de celui-ci… Mais Nicolas Sarkozy ne fait pas une bonne analyse, me semble-t-il, des répercutions de la profonde mutation de la presse, ces dernières années. Via internet et le numérique, l’ensemble de la population a accès à une bonne partie de la matière première de notre métier. Toute parole politique est accessible et stockable par tous. Notre métier doit donc proposer autre chose, en plus, en mieux, dépasser la collecte et l’analyse. Nous avons subi l’influence bénéfique de nos confrères anglo-saxons. L’investigation retrouve des couleurs et la technique dite du fact-cheking (la vérification des faits et des dires) se généralise. La presse d’aujourd’hui n’hésite pas à dire, le lendemain, le surlendemain d’une émission ou d’un discours, d’une annonce, ce qui est faux, ce qui est exagéré. Et c’est vrai, ça ne se faisait pas avec ce systématisme pour François Mitterrand et Jacques Chirac. Du coup, Nicolas Sarkozy, qui dans sa vie politique a beaucoup parlé, beaucoup affirmé, beaucoup promis est la première victime du fact-checking. La presse est d’autant plus motivée pour appliquer cette méthode au discours de Nicolas Sarkozy, que depuis cinq ans, celui-ci ne s’est jamais trouvé en confrontation directe et argumentée face à un opposant ou à des journalistes en situation de répliquer. Contrairement à ses homologues européens qui doivent affronter publiquement leurs parlements et leur presse régulièrement, le président français est protégé par une forme de monologue hyper sécurisé qui crée une tension avec la presse. Il ne s’agit donc pas un d’un « je t’aime, moi non plus » ou d’une tension politique mais d’un défaut démocratique, d’une habitude monarchique entretenue.

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