Ce matin, la nouvelle vague de « déclinisme » qui envahit les commentaires et le débat public…

Oui et ce « déclinisme » est alimenté par toute une série de sondages et d’études d’opinion. Dernière en date, celle du Cevipof et d’Ipsos, publiée par Le Monde qui, depuis plus d’une semaine, fait dire aux commentateurs politiques et journalistiques que la France se renferme, devient populiste, de plus en plus raciste. Les titres de la presse sur cette étude sont éloquents : « la France a peur », « la France entre pessimisme et xénophobie », « la France se crispe »… Mais, on pourrait avoir une autre lecture. N’y a-t-il pas une illusion d’optique ? Pourquoi une France qui se refermerait à ce point continuerait de mettre Marine Le Pen au bas des classements de popularité ? Pourquoi François Hollande, qui sur l’échelle du populisme était sans doute le candidat le moins bien placé, a-t-il gagné la présidentielle ? 74% des Français considèrent que l’islam est une religion intolérante, cette réponse qui a alimenté tous les commentaires, n’est pas forcément une marque de rejet ! Ce devrait d’ailleurs être une question destinée aux seuls théologiens et non pas à la population. En revanche, poser une question sur la pratique de l’islam en France aurait été plus pertinent. C’est l’intégrisme, le radicalisme religieux (pratique minoritaire mais en augmentation) qui fait peur et qui, de fait, est incompatible avec les valeurs de la République. La France, pays laïque, aime quand les religions ne débordent pas de leur lit, de la sphère privée, que les lois du début du XXème siècle ont définie. A mesure que la diversité s’affiche et que les Français voient que ce ne sont pas les étrangers qui nous prennent nos emplois mais que ce sont nos emplois qui partent à l’étranger, le FN a remplacé l’étranger par le musulman. L’amalgame et la récupération politique par le FN s’opèrent donc mécaniquement. On n’est pas obligé de tomber dans ce panneau ! On peut très bien être tout à fait anti raciste, tout à fait favorable à une politique migratoire ouverte et déplorer l’accroissement d’une pratique radicale de l’islam, le repli communautariste et le discours victimaire.

Autre illusion d’optique sur un autre chiffre, selon vous, concernant le besoin d’autorité.

87% des Français pensent, je cite l’enquête : « que le pays a besoin d’un vrai chef pour mettre de l’ordre ». Cette affirmation, au premier abord fleure bon le populisme et l’autoritarisme de base. Marine Le Pen plastronne encore… Mais alors comment un tel peuple, qui rêverait d’un chef à poigne, aurait-il décidé de placer à la tête de l’Etat celui que les caricatures dépeignaient en « Flamby » ou en « fraise des bois », celui qui disait vouloir apaiser ? Le pouvoir pyramidal est rejeté et c’est une autorité forte, certes, mais arbitrale, bienveillante et exemplaire qui paraît être la plus adaptée aux volontés exprimées, plutôt que le traditionnel bonapartisme, qui se cache derrière la vieille acception du mot « autorité ». L’autorité souhaitée a sans doute plus à voir avec « l’ordre juste ». D’autres enquêtes montrent un besoin de participation active aux prises de décisions : « la démocratie participative ». Et c’est là que l’on s’aperçoit que Ségolène Royal, bien que n’ayant pas réussi à les incarner, avait su déceler, avant tout le monde (peut-être trop tôt), des aspirations profondes de la société française d’aujourd’hui.

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