Emmanuel Macron est un mystère politique.

Oui, vous n’êtes pas, Monsieur Macron, - à l’évidence- la bulle médiatique que prévoyaient ceux qui pensent que la politique se répète toujours. Il y a du monde dans votre sillage et vous commencez à constituer une réponse possible –non extrémiste- au désarroi qui s’est emparé d’une bonne partie des électeurs ces dernières années. Mais vous êtes une réponse pour l’instant évasive. Ça marche quand même parce qu’une dynamique politique prend quand chacun commence à y voir non pas forcément ce qui s’y trouve mais ce qu’il a envie d’y mettre. Et là, vous apparaissez comme une solution gentiment antisystème qui peut rassembler une grande partie de ceux qui veulent une alternative radicale mais sans repli ni bouc-émissaire. Seulement tout ce qui fait de vous, en ce moment, le réceptacle de beaucoup d’aspirations ne suffit pas à vous définir

Vous n’arrivez pas à savoir qui est –politiquement- E.Macron ?

Non… et si, selon la célèbre formule du Cardinal de Retz, on ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment, il va quand même falloir y passer parce que votre succès actuel vient aussi de l’exaspération vis-à-vis de l’ambiguïté de ceux qui vous ont fait et que vous avez quittés. C’est bien beau de refuser les partis, de n’être ni de droite ni de gauche, c’est vrai, beaucoup de solutions à nos problèmes se heurtent à l’hémiplégique politique et à certains à moments de notre histoire, (en 45, en 58 et sans doute maintenant) il faut une bonne dose de « si tous les gars du monde », mais quand même… quand un candidat est issu du PS ou de LR, ça veut dire d’abord que sa démarche vient d’un collectif. La politique est une aventure collective et un parti politique c’est avant tout une lignée, des fidélités, une histoire, des solutions délibérées. La gauche démocratique, ça vient de loin, de l’affaire Dreyfus, de Jaurès et Clemenceau, de Blum et Rocard. Quand on est de droite, on se réfère à De Gaulle, on vibre à l’évocation de la France des cathédrales. Et quand on est candidat à l’élection présidentielle, si on est de gauche, on rajoute, dans son discours, une évocation de la France des cathédrales, si l’on est de droite, on cite en exemple la probité de Jaurès ou l’humanisme de Blum. Bref, on fait l’effort d’aller vers l’autre France pour montrer que l’on peut représenter toute la France. Mais au moins, on sait d’où le candidat vient et à qui on a affaire. Vous, Monsieur Macron, vous avez l’air d’être tout : ministre d’un gouvernement socialiste qui s’extasie au Puy du Fou ! Ce syncrétisme est louable mais il est incroyablement prétentieux. Vous ne pouvez pas être toute la France quand même ! Vous n’avez pas l’air de celui qui, venant d’un camp, s’ouvre à l’autre. Vous semblez (sans passé politique) être de tous les camps. Au risque de n’être de nulle part. Vous citez de Gaulle et Mendès-France comme source d’inspiration mais ces 2 hommes se sont durement affrontés après la guerre sur la question des finances publiques et, en 58 et 62, sur les sujets institutionnels. On a besoin – par exemple- de savoir si vous être plus Mendès ou plus de Gaulle. En fait, pour pouvoir véritablement croire à votre œcuménisme, on a besoin de savoir si d’abord vous vibrez plus à l’évocation du massacre du mur des Fédérés ou à celui des Chouans.

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