Emmanuel Macron, qui base la philosophie de son action sur l’équilibre, se voit ramené aux réalités d’une société sous tension.

Les termes critiques comme « président des riches» ou le «président de la France qui va bien» commencent à porter : la croissance revient, les profits du CAC40 sont florissants, la politique fiscale est favorable aux plus aisés. L’influence des plus grandes fortunes sur la réforme de l’ISF, pour qu’elle se fasse rapidement, en une fois et non pas étalée, comme envisagée, est évidente, alors qu’on prend son temps pour supprimer la taxe d’habitation… la réforme de la rupture conventionnelle collective est faite, celle de la 2 ème chance et du rebond traîne. Dans le domaine social, le fameux En même temps n’est pas de mise... Le macronisme serait-il injuste? Les quelques euros de plus sur les feuilles de paie de ce mois ne suffiront pas à contrecarrer ce sentiment grandissant. Beaucoup de parlementaires  LREM s’en inquiètent. Le quasi-burn out de pans entiers du secteur de la santé, de la justice ou de l’éducation, la crise du logement, se rappellent au bon souvenir du président. Les Français sont toujours défiants envers les politiques (moins envers Emmanuel Macron –il est vrai- qu’envers les autres). Ils semblaient, en effet, mettre leur impatience en suspens depuis l’élection, pour laisser une chance au nouvel élu. 

Ce n’est plus le cas ?

La récente enquête du CEVIPOV nous dit que nous arrivons peut-être au bout de ce temps suspendu. L’optimisme patronal ne se propage pas vers le bas de l’échelle sociale. La théorie du ruissellement ne marche pas plus pour le moral que pour les revenus. Les grandes fatigues de la société sont toujours là. Le chômage ne baisse –pour l’instant- que très peu… l’équilibre macronien en est menacé. Il tient toujours car les syndicats sont divisés et les oppositions politiques trop radicales ou convalescentes. Le pragmatisme affiché est parfois difficile à suivre. Par exemple, en demandant aux offices HLM de Seine St Denis de réduire les loyers pour combler la baisse des APL, le département le plus pauvre et le plus jeune perd 11 millions d’euros par an pour le logement social ! Ce simple fait, parmi d’autres, vécu par ceux qui, sur le terrain, sont en charge de la solidarité, contredit le discours présidentiel de mardi aux forces vives de la Nation, où il était question de concentrer les efforts sur les plus fragiles. La politique sociale du président a du mal à se dessiner… Son principe était de remettre l’Etat au cœur de la gestion des grands risques sociaux, d’attacher des droits réels et efficaces à la personne et de limiter les droits formels, collectifs, qui ne protègent plus. Mais on ne voit pas les solutions sociales novatrices poindre ! On annonce, certes, le retour de la défiscalisation des heures-sup, ce qui en terme d’imagination se pose-là ! La macronie comporte sans doute trop d’inspecteurs des finances brillants et pas assez d’inspecteurs des affaires sociales créatifs ! Le régalien, la «main droite de l’Etat», pour reprendre le mot de Bourdieu, est agile, fait preuve d’une belle autorité naturelle. La main gauche de l’Etat, celle de la solidarité et du modèle social, est engourdie. Le macronisme, en ce début d'année, risque le déséquilibre, l’hémiplégie.

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