Faut-il rapatrier les djihadistes français, prisonniers en Syrie ?

La question est posée comme ça aux responsables politiques et c’est un déprimant signe des temps qu’elle le soit ainsi. Signe de la fébrilité de nos démocraties libérales (normalement plus que tout attachées à l’état de droit) et si peu sûres d’elles qu’elles se demandent si elles sont assez fortes pour rapatrier, juger et condamner leurs ennemis de l’intérieur. A tel point que lorsque Christophe Castaner dit ‘les djihadistes sont français avant d’être djihadistes’, cela fait bondir ceux qui sont prêts à sacrifier les principes démocratiques pour, paradoxe, sauver… la démocratie ! Ainsi, l’édito d’hier du Figaro titrait ‘Retour Impossible’. La droite de LR et le RN considère qu’on ne doit pas rapatrier ces Français pour les juger ! ‘Qu’ils croupissent sur place’, disent-ils ! Une réaction qui se concevait quand, en Syrie, la bataille faisait rage contre l’Etat Islamique et ses mercenaires européens. On pouvait considérer alors (puisqu’ils étaient des ennemis en guerre) que ces adultes pouvaient mourir sur place plutôt que revenir fomenter des attentats sur notre sol… mourir sur place plutôt que de continuer à martyriser les Syriens qui tentaient de se libérer du joug de l'Etat Islamique et de Bachar El Assad. En 2017, d’ailleurs, tous les candidats à la présidentielle reconnaissaient au président Hollande le droit, sans nous informer, de faire tuer des djihadistes à l’étranger. 

Qu’est-ce qui a changé ?

Tout ! Parce qu’il ne s’agit plus de guerriers mais de prisonniers. De prisonniers français. Et on devrait au contraire les réclamer avec vigueur pour qu’ils soient traduits en justice, que des procès aient lieu, que soient entendus par tous les récits de leur folie meurtrière, de leurs exactions. Alors, bien sûr, il y aurait des débats pénibles mais nécessaires, des avocats pour faire leur travail, c’est-à-dire pour tenter d’excuser, de comprendre, de contextualiser… il y aurait du droit ! Et tout comme les procès Papon ou Barbie avaient eu leurs vertus pédagogiques, pourquoi n’en serait-il pas de même pour le djihadisme dont nous devons décortiquer les ressorts pour mieux le combattre, aussi chez nous. Pour l’instant, ces dizaines d’islamistes guerriers sont détenus par les forces démocratiques syriennes, c’est-à-dire par les Kurdes. Avec le départ prévu des Américains et donc des quelques forces spéciales françaises, la situation des Kurdes risque d’être chaotique et les prisonniers étrangers pourraient devenir rapidement le cadet de leur soucis. Il y a un risque de voir une partie des djihadistes français s’évanouir dans la nature et redevenir des dangers. Ne vaut-il pas mieux, d’un simple point de vue sécuritaire, les voir revenir en France, être jugés, condamnés ? Bien sûr, plus personne ne croit en une déradicalisation certaine des individus, bien sûr le djihadisme prolifère en prison… Mais la France se doit d’offrir (avec la rigueur de la loi) un procès équitable, même à ses pires ennemis, une fois qu’ils ne sont plus en état de nuire. Il est une évidence en perte de vitesse, en ces temps d’illibéralisme rampant : on ne défend pas la démocratie avec les armes de la tyrannie… Sinon, les Djihadistes, même du fond de leur prison ou de leurs tombes, auront partiellement gagné… 

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