C'est Maurice Leroy, député UDF qui, commentant hier soir sur France Inter la prestation du chef de l'Etat, s'amusait : "Imaginez qu'un martien débarque chez nous ce soir, disait il, et tombe sur Jacques Chirac s'adressant aux Français, et bien ce martien se dirait certainement : mais il est formidable ce candidat?!". C'est vrai que ça faisait longtemps qu'on n'avait pas vu un Jacques Chirac aussi offensif. Sur la forme, l'Elysée n'a rien laissé au hasard. Depuis 12 ans, le Président parlait devant des fenêtres ouvrant sur le jardin de l'Elysée, hier soir, pour seul décor, deux drapeaux, français et européen, et Jacques Chirac en gros plan. Ca avait un petit air "heure grave" et rassemblement républicain de circonstance. Chirac en gros plan donc, et en pleine forme : balancées aux orties les lunettes à grosses montures, héritées de son AVC, qui lui donnaient un petit air seventies et un petit air "vieux" tout court. Hier, Jacques Chirac avait retrouvé toute sa vision et toute sa "gnak" usant volontiers d'un vocabulaire offensif voire guerrier. "Je me bats" a-t-il répété plusieurs fois. Franchement, ce n'était pas les mots d'un homme prêt à battre en retraite ou à vouloir la prendre Alors sur le fond, Jacques Chirac était-il tout aussi offensif ? Oui, parce qu'il ne s'est contenté de lister les grands enjeux des temps à venir, lui qui n'aime rien tant que les formules un peu creuses et souvent galvaudées, non il a très clairement pointé du doigt les risques encourus en 2007 : "gardez vous des idéologies et du retour aux recettes qui ne marchent pas". Un coup à gauche donc contre Ségolène Royal. Haro sur son ex concurrent de 2002, Jean-Marie Le Pen: "n'écoutez pas les apprentis sorciers de l'extrêmisme", nous a-t-il mis en garde. Enfin, "oui nous pouvons être fiers d'être français, a-t-il conclu, ne cherchons pas à imiter, soyons nous mêmes". Et ça, c'était la conclusion adressée à Nicolas Sarkozy et à ses veilléités de dépeçage du modèle social français et d'américanisation de la société. Alors est ce que ça suffit pour croire qu'il puisse être candidat ? Non. Ce n'est pas parce qu'hier soir Jacques Chirac était combatif, que les conditions politiques sont réunies pour qu'il brigue un troisième mandat. Mais dans sa farouche volonté de peser sur le débat, dans son appel à bousculer l'ordre établi. "Au printemps prochain, a-t-il dit, faites vivre intensément vos convictions, vous êtes le peuple souverain". On a cru entendre "ne vous laissez rien imposer". Jacques Chirac semble mettre en pratique une maxime qui lui a servi de viatique toute sa vie politique : "etiam mortuus, redeo". Même mort, je reviens. Il en est revenu plus d'une fois et même si aujourd'hui, la menace est infime pour Nicolas Sarkozy,elle existe. C'était le petit message de voeux à usage interne délivré hier soir par le Président de la République au candidat de l'UMP.

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