Marc Fauvelle revient ce matin sur l'allocution de François Hollande devant les Français : des vœux... et des aveux !

Soyons honnêtes, cela fait vingt ans que les Français voient défiler chaque 31 décembre leur Président à la télé, avec le même discours, ou presque, quel que soit son habit ou son étiquette politique. « L'année qui s'ouvre sera celle de la lutte à tout prix contre le chômage et les résultats seront bientôt là, vous verrez. » Vingt ans, donc, depuis Jacques Chirac (et on pourrait même remonter plus loin), à entendre la même petite musique le soir du réveillon.

C'est cet écueil, celui du Président qui voit lui revenir comme un boomerang la promesse d'inverser la courbe du chômage, que François Hollande a d'abord voulu éviter hier soir. Et il s'en est sorti par une pirouette : sur la forme tout d'abord, il a littéralement expédié ce passage de ses vœux, parlant au rythme d'une mitraillette quand il s'est agi d'esquisser son propre bilan ! Mais sur le fond, le mea culpa était bien là. La formule magique de l'inversion de la courbe a disparu du discours du président, oubliée, évaporée. A la place, il préfère parler simplement d'une amélioration de la tendance, sans s'appesantir sur le sujet, ni fixer de nouvel objectif pour 2014. Mieux vaut se renier un peu que d'être pris en flagrant déni de mensonge ou de s'embourber dans sa promesse.

Et ce n'est pas fini : sur les impôts, François Hollande reconnaît qu'ils sont devenus "lourds, trop lourds", et sur la croissance, il plaide coupable ! Coupable d'optimisme démesuré. « La crise s'est révélée plus longue et plus profonde que nous l'avions nous-mêmes prévu. » explique-t-il. Vous voyez qu'hier soir, entre les vœux et les aveux, il n'y a avait qu'un pas à franchir !

Mais à part cela, que retenir de l'intervention de François Hollande ? Y- a t-il eu une inflexion de sa ligne politique ?

En tous cas, il y avait un grand absent hier, un homme dont le nom n'a pas été prononcé, et qui est pourtant à Matignon depuis dix-neuf mois. C’est Jean-Marc Ayrault ! Pas un mot sur son Premier ministre, ni pour saluer son travail, ni au moment d'aborder la réforme fiscale. Hier soir, François Hollande a beaucoup dis « je » : « j'assume », « je m'engage », « je veux », etc. Il a, semble-t-il, compris que le défaut d'autorité dont lui font grief les Français passe aussi par la parole et par un Président qui parle à la première personne.

Un autre nom n'a pas été prononcé, mais lui était dans tous les esprits, c'est celui de Louis Gallois. L'homme qui a directement inspiré la politique pro-entreprise de François Hollande. Hier soir, on aurait pu croire que c'était bien lui le Premier ministre, tant François Hollande assume désormais en bloc et en détail sa ligne social-libérale. C'est directement à lui, d'ailleurs, que François Hollande a emprunté l'idée d'un pacte entre l'État et les entreprises avec, d'un côté, une baisse des charges et, de l'autre, la promesse d'embauches.

Enfin, dernier point, et ce n'est pas le moins important : pour la première fois, François Hollande a évoqué hier une baisse des impôts ! C'est désormais un objectif de la fin du quinquennat et, là encore, c'est une rupture avec la doxa traditionnelle de la Gauche socialiste, amie de l'impôt juste et redistributif. La pause fiscale lui avait porté un premier coup, François Hollande lui assène le second et il promet, en outre, de s'attaquer personnellement à la dépense publique et à ses abus et ses excès. D'habitude, c'est plutôt la droite qui utilise ce genre d'expression. Pour le chef de l'État cela répond à un double objectif politique : reprendre la main, d'abord, sur la réforme fiscale que lui a imposée son Premier ministre, la rendre un peu moins anxiogène aussi, et puis, surtout, esquisser enfin le second temps du quinquennat, celui du réconfort après l'effort !

Après tout, nous sommes le premier janvier, on a bien le droit de rêver un peu…

Pour aller + loin : (ré)écouter les voeux du Président suivis des commentaires et des réactions de Cyril Graziani, Carine Bécard et leurs invités

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