Deux leaders socialistes ont fait, ces derniers jours, des discours en forme de déclarations de candidatures pour 2012. Il s’agit de François Hollande, le week-end dernier à Lorient, et de Manuel Valls, lundi soir à Paris. Le premier ne dit pas explicitement qu’il est candidat mais ça se voit autant que son nouveau look. Manuel Valls n’a pas ces pudeurs d’homme politique du vingtième siècle. Il est candidat, ça parait peut-être incongru mais le culot est une arme assez classique pour sortir du lot en politique. Nicolas Sarkozy l’a remise au goût du jour ! Bref, ils sont candidat et ça les force (s’ils ne veulent pas être rapidement ridicules) à formuler clairement une pensée un tant soi peu originale. Et c’est le moment parce que, comme le dit l’anthropologue Marc Auger paraphrasant Claude Levy-Strauss : « la crise est bonne à penser ». La crise qui brouille les repères permet, à droite comme à gauche, de réfléchir tout haut sans la crainte d’être taxé de social traître (à gauche) ou de dérive gauchiste (à droite). A gauche, il y a ceux qui bataillent pour que toute la gauche se trouve un lieu de rencontre et élabore un projet en commun. C’est le rêve et le combat de l’ancien ministre de la défense, Paul Quilès. Il en appelle à un nouveau front populaire. L’homme ou la femme providentielle viendrait après. Et puis, il y a ceux qui pensent qu’un projet ça s’incarne et tant qu’à faire, par leur propre personne. Manuel Valls et François Hollande par exemple. Il se trouve que leur discours ne sont pas si éloignés que ça. Ils s’opposent tous les deux au discours plus marqué à gauche de Martine Aubry, discours renforcé par Benoît Hamon qui est toujours porte-parole du PS. Hollande et Valls, (comme ils ne s’aiment pas, ils ne seraient pas forcément ravis qu’on les associe, mais ça, c’est leur problème !) donc Hollande et Valls profitent de la crise pour élaborer des solutions de l’après crise. Le premier, qui est plus naturellement porté sur les questions économiques et qui s’est libéré de son obligation et de son goût pour la synthèse, ose enfin affirmer. Le second, plus prolixe sur les questions de société, affirme depuis toujours. Il se contredit parfois mais, au fil du temps, une pensée identifiée se crée. François Hollande prend soin de rappeler que l’égalité est toujours l’étoile polaire de la gauche parce qu’en réalité, il prône déjà une politique budgétaire rigoureuse, axée sur un petit nombre de priorités. Dans l’ordre : la compétitivité, la solidarité et l’écologie. La compétitivité avant la solidarité ! Quand on compare ça avec le discours social de Nicolas Sarkozy devant l’OIT, on croit revenir, comme le soulignait Henri Guaino lundi, au débat à front renversé droite-gauche Pleven/Mendes-France, d’après guerre. Pleven voulant ouvrir les vannes de la dépense alors que Mendes veillait aux équilibres budgétaires. Manuel Valls, lui, veut s’inscrire dans la lignée mendésiste et rocardienne. Il prône un discours dit « responsable plutôt que flamboyant », parle de « l’utopie du possible », cite Camus ou Anthony Giddens, le sociologue britannique théoricien du blairisme, qui n’est pas franchement la référence à la mode au PS. Hollande et Valls font le pari du retour d’un besoin d’ordre dans les concepts autant que dans les finances publiques. C’est bien à la naissance de l’aile droite du PS que nous assistons. Une tendance bicéphale qui s’est sentie encouragée en constatant qu’aux Européennes, la grogne des électeurs habituellement socialistes ne s’est pas traduite par un succès de la gauche de la gauche.

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