Ce matin, vous pointez une tendance à la mode…

Oui, certains intellectuels, politiques, polémistes de chaines d’info qui trouvent envahissante la préoccupation écologiste, se demandent si elle ne va pas finir par engendrer un nouveau totalitarisme. Le texte le plus abouti est celui publié ce week-end dans le Figaro par Pascal Bruckner. L’essayiste voit dans l’écologie, seule pensée originale de ce siècle, un potentiel totalitaire. Il compare l’écologie d’aujourd’hui aux débuts du socialisme, quand celui-ci s’est scindé en deux courants, l’un démocratique, l’autre totalitaire. Bruckner perçoit dans l’injonction morale du ‘l’écologie ou la mort’, une pression liberticide. Il y a sur ce créneau de la critique de l’écologie (qui ne nie pas- ou plus- l’urgence climatique) de nombreux libéraux, conservateurs ou socialistes. 

La possibilité du totalitarisme verts existe-elle vraiment ?

Elle est intrinsèque à toute idée politique. L’écologisme, c’est vrai, pourrait, puisqu’il s’agit plus d’un impératif existentiel que d’un projet collectif précis, comporter une inclinaison totalitaire. Pour autant, ce procès ne parait pas justifié. D’abord l’écologie politique, très largement émanation du monde associatif, ne connait pas de branche violente ni antidémocratique. Les ZAD et la culture de désobéissance civile y tiennent une bonne place pas vraiment musclée mais il n’y a ni grand manitou ni hommes providentiels. C’est quand même étonnant que Pascal Bruckner sente sa liberté menacée par une jeune fille comme Greta Thunberg, dépeinte en marionnette manipulée. L’image de ces militants écologistes assis sur le pont de Sully, recevant du gaz lacrymogène, donne l’impression d’une force déterminée mais certainement pas totalitaire ! Au contraire, les organisations écolos sont généralement des caricatures de démocratie bavarde et inefficace. On les brocarde assez à ce sujet. Quant à l’injonction morale écologiste qui serait insupportable aux oreilles libérales ou socialistes, constatons qu’elle est loin d’être triomphante. Elle n’a tué ni enfermé personne et fait penser à cet automobiliste citadin, qui, dans ses 2 tonnes de ferraille, explique que c’est le vélo qui est dangereux… Généralement Bruckner se dresse contre l’obscurantisme, comme lorsqu’il démonte (efficacement pour le coup) le piège de l’islamophobie… ici il décrit l’écologie en nouvelle religion. Où a-t-il vu ça ? Les adorations dominantes ne seraient-elles pas plutôt toujours consuméristes ? Pourquoi, sur l’écologie, ne se range-il pas du côté de la rationalité ? Les scientifiques, dans leur ensemble, considèrent que l’urgence climatique exige des changements drastiques. Il y a de nombreuses façons d’y répondre et beaucoup de formes  d’écologie possibles. Peu de catéchisme, beaucoup de concret. Rien de totalitaire donc. Ce sont justement les obscurantistes d’aujourd’hui qui refusent la transition : je ne parle pas de l’islamisme (son aspect moyen-âgeux ne lui permet même pas d’appréhender cette question). Mais Donald Trump et Mike Pence, son vice-président fondamentaliste chrétien, climato-sceptique tout comme le massacreur de l’Amazonie Jair Boslonaro, lui aussi religieux ultra. Voilà les obscurantistes du moment ! Quelle liberté fondamentale l’écologie, pour l’instant, a-t-elle tué ? C’est étonnant comme cette obsession anti-politiquement correcte, cache-sexe de ceux qui sont en train de perdre des batailles culturelles, peut faire déraisonner !

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