La question qui est sur toutes les lèvres : le Premier ministre va-t-il rester à Matignon ? Et la réponse est… je n’en sais rien… je ne suis même pas sûr que le président le sache déjà lui-même à cette heure-ci.

Edouard Philippe en mars 2020 à Paris
Edouard Philippe en mars 2020 à Paris © Getty / Antoine Gyori/Corbis

Les résultats des municipales, (même si l’Elysée a tendance à les balayer du revers de la main) donnent des indications contradictoires : l’excellent score d’Edouard Philippe au Havre (seule onction populaire de la majorité), qui vient parfaire un taux de popularité plutôt avantageux, plaiderait pour son maintien. Ce serait étrange, de plus, de remercier un chef du gouvernement qui n’a pas démérité pendant la crise du Covid, une période si compliquée. 

Mais le score des écologistes et les conclusions de la Convention citoyenne sur le climat incitent à un vrai changement de cap. Edouard Philippe (il trouve ça injuste mais c’est comme ça) n’a pas réussi à succéder à son mentor, Alain Juppé, comme champion de l’écologie du centre-droit… 

Emmanuel Macron, dans sa réponse aux 150 conventionnels du climat, a laissé entrevoir une forte inflexion écologiste. Dans ces cas-là (logique de la cinquième), le président nomme un nouveau Premier ministre. Celui-ci fait un discours de politique générale devant les parlementaires pour signifier et légitimer ce nouveau temps.

Il y a une autre raison classique pour changer de Premier ministre… quand le couple exécutif n’est plus populaire, qu’il y a une impossibilité de réformer, alors il faut griller ce que l’on appelle le fusible de Matignon. Ça marche avec un Premier ministre usé, qui a consommé sa popularité en réformes. 

Mais ce schéma, depuis que le président ne peut plus se permettre une parole rare, arbitrale et surplombante, n’a plus cours. Le président est même plus exposé que le Premier ministre… La théorie du fusible ne marche plus, depuis Nicolas Sarkozy (en fait, depuis le quinquennat) l’ampoule grille avant le fusible.

Donc, si l’on vous suit…Edouard Philippe a plutôt des chances de rester à Matignon…

Mais puisque je vous dis que je n’en sais rien ! Ça devrait se décider ce matin, lors d’une rencontre prévue entre les deux têtes de cet hydre bicéphale dont l’une a droit de vie ou de mort sur l’autre. Il y a, en plus des logiques institutionnelles que je viens de décrire, des considérations stratégiques. 

Edouard Philippe, hors du gouvernement, bien à l’abri au Havre, constituerait-il un danger, une concurrence potentielle pour le président ? À l’inverse, à la tête du gouvernement, ne continuerait-il pas utilement à capter une partie de l’électorat de centre-droit ? Et puis il y a le point de vue d’Edouard Philippe : est-il d’accord avec la nature de l’inflexion écologique ? Est-il d’accord pour reprendre le cours de la réforme des retraites, sans la mesure d’âge à laquelle il tenait tant ? Voyez, j’ai cédé à la chronique pré-remaniement… elle est, vous l’aurez remarqué, parsemée de points  d’interrogation… 

Mais quand même, pour jouer je prends le risque d’être un peu ridicule la semaine prochaine, je fais un pronostic : je crois qu’il restera !

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