Samedi sera célébré le 65ème anniversaire du débarquement allié en Normandie. La presse britannique a insisté sur la bourde française, l’oubli fâcheux. On n’a pas invité la reine d’Angleterre. Cette bourde a une histoire. Au départ, Nicolas Sarkozy avait décidé de n’inviter que Barack Obama. L’idée –derrière la célébration classique- c’était d’utiliser cette visite du président star du monde pour y accoler une « bilatérale » comme on dit dans le langage diplomatique, c'est-à-dire qu’en plus des cérémonies, les deux présidents se côtoieraient à Paris ou ailleurs pour une rencontre plus politique. L’idéal eut été que l’on ait des images des deux hommes pendant tout le week-end, au cimetière américain, marchant tous les deux sur l’une des plages du débarquement, déjeunant en tête à tête et se rencontrant le lendemain pour un entretien politique. On aurait eu de bien belles photos, une séquence France-Amérique toujours valorisante et flatteuse. La veille des européennes, dans un contexte de défiance de l’opinion, un petit coup de peaufinage de stature présidentielle, ça ne fait pas de mal. Le résultat sera moins glorieux. D’abord parce que le protocole et la sécurité américaine ont organisé seuls la partie la plus émouvante et la plus forte : Barack Obama au cimetière américain. Ce cimetière est une extraterritorialité. C’est un petit bout de sol américain en Normandie. Tout y sera fait –avec le décalage horaire- pour que les journaux télévisés américains du matin (très regardés outre-atlantique) diffusent l’image de Barack Obama seul devant les croix blanches de GI’s tombés le D Day. Le reste du voyage est négocié pieds à pieds avec une ambition côté français : multiplier les images des deux hommes (ça ne sera le cas que pour un déjeuner commun sans doute à la préfecture de Caen). Mais, au grand dam de l’Elysée, le voyage des Obama à Paris le lendemain restera strictement privé et familial. L’Angleterre. Il y a quelques semaines, les services de Gordon Brown se sont manifestés en s’étonnant que le premier ministre anglais ne soit pas invité. Gordon Brown, en difficulté dans son pays, a aussi besoin de participer à la célébration d’un fait d’arme dont la population anglaise reste, à juste titre, très fière. Les autorités françaises ne pouvaient pas faire autrement que d’inviter le représentant de la seconde puissance du débarquement. Mais alors, s’en était fini des images en duo Obama/Sarkozy ! Tout fut pourtant essayé ! L’Elysée a eu d’abord l’idée de faire deux cérémonies dans la même journée, une avec Obama/Sarkozy et une avec Brown/Sarkozy. Evidemment, ça n’a pas marché, Gordon Brown voulait aussi son petit bout de l’étoile Obama ! Nicolas Sarkozy devra donc accepter de voir son image un peu diluée dans une photo à trois plutôt qu’à deux. Sauf que ça risque d’être pire encore -et c’est une information que je vous donne ce matin- maintenant, le premier ministre canadien veut venir lui aussi ; il n’y a pas de raison après tout ! Ça commence à faire du monde. Entre temps, la presse anglaise s’est étonnée : puisque l’Angleterre est là, pourquoi ce n’est pas la reine qui est invitée ? Elle était quand même infirmière dans le sillage de ses troupes en Normandie en juin 44 ! Le porte-parole de la maison blanche, en bon copain de la France, a dit que les Etats-Unis y étaient pour rien et que c’est Paris qui avait lancé les invitations. On en est là ! Quid de la reine d’Angleterre et du premier ministre Canadien ? Pourvu que les premiers ministres néo-zélandais, australien et polonais ne se réveillent pas dans les jours qui viennent. On a vraiment l’impression d’assister à l’organisation de la première boum d’une adolescente de quinze ans ! Tous les parents d’ados comprendront de quoi je parle : on y retrouve des jalousies, de la susceptibilité, des chausses trappes, des coups de fils interminables pour réparer des pots cassés ou pour casser d’autres pots en douce. Finalement, la gloire que confèrent les grandes batailles gagnées n’a d’égale que la mesquinerie de ceux qui utilisent à outrance les célébrations pour lustrer leur propre gloire.

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