Ce matin, vous évoquez les ministres candidats aux élections législatives. Oui, cette idée selon laquelle les ministres fraîchement désignés peuvent être candidats aux législatives entraîne, comme nous l’a expliqué hier Jean-François Achilli, une première bizarrerie. Les ministres qui auront été élus ne pourront être remplacés à l’Assemblée par leurs suppléants qu’après un délai d’un mois, selon la règle en vigueur depuis 2008. Donc, pendant un mois il manquera peut-être une vingtaine de députés de la majorité (si la gauche gagne)… ce qui peut bloquer le travail parlementaire pendant ce mois. Mais bon, ça c’est un tracas certes embarrassant mais ce n’est pas un problème politique. En revanche, à y regarder de plus près, le fait qu’un ministre fasse campagne pour les législatives est devenu une incongruité politique à laquelle on s’est habitué. Sous le prétexte, louable, de confronter les ministres au suffrage universel, on favorise une forme de confusion démocratique. Le fait de dire qu’un ministre battu aux législatives ne pourra pas rester ministre, alors qu’un ministre victorieux ne sera pas député (puisqu’il sera ministre) n’est pas d’une clarté limpide. Rien qu’en l’énonçant, on s’en rend compte… L’argument de la légitimité populaire, dans ce cas là, est assez étrange… Si Cécile Duflot, représentante d’un parti qui a fait 2,5% à la présidentielle, triomphe dans la circonscription la plus à gauche de France, offerte par le PS, en quoi, serait-elle auréolée d’une légitimité populaire supérieure à celle d’un ministre qui se ferait battre dans une circonscription de droite ?D’ailleurs, ceux qui n’ont aucune chance de gagner, comme Najat Vallaud-Belkacem, ont décidé de ne pas se présenter… Oui et c’est bien normal, la circonscription dans laquelle la porte-parole du gouvernement devait se présenter est un quartier bourgeois de Lyon bien ancré à droite. Ce serait ridicule d’y considérer un échec de la jeune ministre comme un désaveu populaire propre à lui barrer la route du gouvernement. Cette règle tacite qui veut qu’un ministre qui perd des élections ne soit plus ministre, date de l’époque où l’on cumulait allégrement ; un ministre qui était en plus maire et/ou président d’un exécutif local devait démissionner du gouvernement (selon une tradition héritée du gaullisme plébiscitaire) s’il était battu dans son fief lors d’élections intermédiaires. Ça se tenait. Là, que voit-t-on ? Des ministres, qui représentent donc l’exécutif, faire campagne sur le terrain pour un mandat législatif ! Pierre Moscovici en arrivait à appeler, hier à notre micro, les électeurs de sa circonscription de Montbéliard à voter pour lui parce que ça ne peut pas faire de mal d’avoir un représentant de la circonscription au gouvernement. Voilà qui favorise une forme de gouvernement de notables locaux et qui suggère que (même si Moscovici s’en est défendu) le ministre issue d’un département sera un bon ministre pour ce département. Les ministres ne tirent pas leur légitimité du suffrage universel. Ils sont nommés par le Président de la République. D’ailleurs, ils ne sont pas responsables devant le peuple mais devant l’Assemblée. Ce serait normal que les ministres soient ministres, dès leur nomination pendant que d’autres sont candidats aux législatives… Ce serait « normal et simple ». « Normal et simple », il va falloir s’habituer à ce que ces deux exigences soient resservies à la nouvelle majorité.

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