Thomas Legrand évoque le discours fondateur de N. Sarkozy lors du congrès du nouveau parti Les Républicains.

"Oui, avec une interrogation et un étonnement. Comment un ancien président (qui a représenté pendant 5 ans les Français dans leur ensemble) peut-il en arriver, lors de son discours de samedi, à un tel degré de simplification et de caricature ? Le niveau d’acrimonie contenu dans le discours de La Villette est-il le fruit d’une stratégie ou le résultat d’un état d’esprit ? J’avoue que, pour l’instant, j’ai bien du mal à trancher. Pouvoir dire que les socialistes ont trahi la République (en gros, comme de vulgaires collaborationnistes), répéter qu’ils sont d’abord socialistes avant d’être républicains, simplifier jusqu’à l’absurde ou l’insulte, comme le font d’habitude les troisièmes couteaux, et comme l'a fait, samedi, N.Sarkozy, en expliquant que les socialistes préfèrent les délinquants aux victimes, préfèrent (par idéologie de l’égalité) que tout le monde perde plutôt que de permettre l’excellence, décrire la politique extérieure de la France comme un désastre indigne… dénote soit d’une perte totale de sang-froid, soit d’une stratégie dont la finesse ne saute pas encore aux yeux ! Les échecs et les revirements de F.Hollande au pouvoir sont assez nombreux et flagrants. Les caricaturer de la sorte, c’est risquer de se caricaturer soi-même.

Il faut dire aussi que N.Sarkozy avait subi des attaques très violentes quand il était président.

C’est vrai. Notamment, sur le thème de la République, quand il avait expliqué que le curé était plus important que l’instituteur dans la formation de la jeunesse, c’était la fameuse « laïcité positive », au moment aussi du discours de Grenoble. L’homme fut moqué, brocardé avec une rare intensité (intensité dépassée aujourd’hui par ce que subit F.Hollande). B.Hamon, l’un des leaders de l’aile gauche du PS, a reconnu, la semaine dernière, que les critiques de la gauche envers N.Sarkozy, entre 2007 et 2012, avaient été par trop "ad hominem" et systématiques. Alors est-ce d’avoir subi ce traitement ? Est-ce de ne pas supporter d’avoir été battu par un candidat (qu’il continue à sous-estimer et visiblement à mépriser) que N.Sarkozy se complaît aujourd’hui dans un exercice revanchard, de clivage permanent, d’hystérisation de tout, d’affrontements et de clashes ? Ou alors c’est une stratégie ! Si c’est une stratégie, cela veut dire que N.Sarkozy prend les choses dans un ordre qui lui paraît logique. Chef de parti, il tient d’abord le discours que veut entendre le noyau militant UMP, (aujourd’hui Les Républicains). Avec cette idée selon laquelle le militant LR veut forcément du bazooka et du gros trait, de la simplification, un discours de brute épaisse. Ne pas parier sur l’intelligence et le discernement du militant LR… voilà donc ce que serait cette stratégie ? Pas sûr que ce soit la bonne. Pour un parti qui a le culte du chef, moins d’un militant sur deux a voté pour approuver les nouveaux statuts. Mais, humeur ou stratégie ? Quelle que soit la réponse, l’ancien président abîme, en parlant ainsi, un débat public, déjà passablement dégradé.

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