Vous vous intéressez aux ressorts de « l’affaire » Ferrand. Et vous mettez des guillemets à « affaire »

Oui parce que ce qui est révélé par la presse sur Richard Ferrand ne mérite pas de défrayer la chronique à ce point. Il s’agit d’une somme de petits arrangements légaux, de débrouille borderline à la française. Il ne s’agit pas d’un « Système Ferrand », d’une organisation frauduleuse ! Nous ne sommes ni dans du Balkany, du Dassault, du Cahuzac, ni même dans du Fillon ! Le rôle de la presse est de révéler et de hiérarchiser et, c’est vrai, il y un décalage entre la réalité du cas Ferrand, qu’il est utile de révéler, et l’espace médiatique qu’il occupe, manifestement démesuré.

Pourquoi ce décalage ?

D’abord, EM est censé répondre à la défiance générale envers la politique. Le moindre écart parait donc intolérable, c’est le père la vertu pris des jumelles à la main devant un pensionnat de jeunes filles. Mais il y a une autre raison moins avouable de notre part. Nous sommes -nous journalistes- sous le feu de la critique au regard de notre état supposé de béatitude devant le spectacle enchanteur des premiers pas du Président. En ce début de mandat, pouvoir et contre-pouvoir s’installent, se cherchent… Nous sommes dans une période très spéciale et qui (amoureux de l’esprit critique rassurez-vous) ne va pas durer. Grâce à sa maitrise de la chorégraphie présidentielle, Emmanuel Macron réalise un « sans faute », pour reprendre un poncif journalistique du moment. Et pour cause, il vit ces jours-ci sa période la plus aisée, celle des symboles, des actes de prestige valorisants. Mais il n’est encore entré dans le dur d’aucune réforme compliquée. La presse, comme, semble-t-il, une bonne partie de la population, trouve à ce nouveau Président beaucoup de qualités, et la première d'entre elle, c’est de bien incarner le pays. Ça plait aux Français restés un brin monarchistes. Mais trop d’admiration, trop de pamoison de la part de la presse, ne leur convient pas non plus parce qu’ils sont restés aussi un brin régicides. La presse, soucieuse de sa crédibilité, sur-compense en en faisant des tonnes sur Richard Ferrand. En fait, face à une communication présidentielle très élaborée, très vissée, la presse a une sorte de réaction, presque mécanique, de semonce préventive. Ses titres et ses articles sévères sur le cas Ferrand disent surtout « regardez, nous sommes indépendants, pas béats ». Il n’est pas sûr que les leçons de journalisme délivrées hier par le président pendant le conseil des ministres soit de nature à calmer le jeu. Mais le problème avec notre focalisation sur un dossier si peu épais, c’est que nous passons à côté d’autres sujets d’éthique, de morale publique plus problématiques. Par exemple quelle sera l’attitude et le pouvoir d’Audrey Boureleau, nommée conseillère agriculture à l’Elysée, sachant qu’elle était lobbyiste pour l’industrie viticole ? Que pense-t-elle de la lutte contre l’alcoolisme qui passe forcément par des mesures défavorables à la filière qu’elle défendait ? Sans plus de précisions sur ce sujet de la part de la présidence, le maintien de cette lobbyiste à son poste est certainement plus dommageable, pour la transparence et l’éthique du pouvoir, que le maintien de Richard Ferrand à son ministère.

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