Le ministre de la Transition écologique et solidaire est-il utile à la cause qu'il défend ?

Nicolas Hulot le 30 mai 2018
Nicolas Hulot le 30 mai 2018 © AFP / Ludovic Marin

On a épuisé toutes les facettes de la métaphore du vivarium (les couleuvres et autres reptiles de la famille des squamates) ingurgités. Nicolas Hulot est-il utile à la cause qu’il défend ? C’est la seule question qui vaille. Il aura échoué à changer la pensée productiviste du couple exécutif. Il aura échoué à désintoxiquer du carbone les anciens socialistes et LR qui l’entourent. Il n’aura pas réussi à débrancher la perfusion FNSEA du ministère de l’Agriculture. Le bilan de Nicolas Hulot est globalement négatif. L’abandon de Notre-Dame-des-Landes est dû aux zadistes pas au ministre. Nicolas Hulot n’a pas su imposer de contenu au slogan "make our planet great again" d’Emmanuel Macron.

Donc doit-il partir ?

Eh bien en dehors de l’usure personnelle, de ce sentiment permanent d’être le con du dîner autour de la table du conseil des ministres, c’est Nicolas Hulot, lui-même qui  peut le mieux juger si au moins, il limite les dégâts… si, grâce à sa présence, à son poids politique (c’est-à-dire sa seule popularité), sa capacité d’influence opère quand même un peu. 

Est-ce que les projets, trop maigres, trop peu audacieux, seraient encore plus maigres et encore moins audacieux sans lui ? En résumé, avance-t-il toujours ? Même à petits pas... Parce qu’après tout… les écologistes, qui sont des gnomes politiques, qui généralement se noient dans leurs propres divisions, défendent quand même des causes qui, en ce moment dans le monde, ont le vent en poupe. Mais ces causes qui progressent en influence ne savent pas s’incarner en offre de pouvoir crédible. Au contraire du nationalisme, autre cause en vogue dans le monde… qui trouve, lui, les voix de la représentation et accède au pouvoir un peu partout. 

Si l’on raisonne simplement du point de vue de l’influence sur le cours des choses, on peut considérer que les écologistes, (des zadistes les plus extrêmes aux ministres les plus conciliants) ont plutôt intérêt à rester là où ils sont, à influer du mieux qu’ils peuvent. Même minoritaires et marginalisés, ils sont plus efficaces dedans que dehors.

Préférer l’influence au pouvoir direct est certainement la meilleure stratégie pour l’écologie. La limite étant le "greenwashing". Et dans ce cadre, seul Nicolas Hulot peut évaluer la situation, déterminer si sa présence en fait est un moindre mal ou cautionne des reculs, des avancées en trompe l’œil. Aujourd’hui, il présente un plan pour développer l’hydrogène pour les transports… mais sans financement. Est-ce un trompe l’œil ? Aujourd’hui on apprend que Fessenheim fonctionnera au moins jusqu’en 2019. Recul ou moindre mal ? Certains aspects de la loi littoral pourraient être remis en cause… ce serait un recul évident. Enfin Nicolas Hulot autorise, "pas de gaité de cœur" dit-il, la bioraffinerie Total de La Mède… qui importe de l’huile de palme. Il valide un deal compliqué, selon lequel, à terme, l’utilisation de l’huile de palme baisserait, dit le ministre. 

On arrive sans doute, là, au bout de la logique des "petits pas"… pour entrer clairement dans celle de la caution. Le départ de Nicolas Hulot du vivarium et du gouvernement est maintenant dans la logique des choses.  

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