Emmanuel Macron réfléchit à la troisième phase de son quinquennat. Et il y a quelque chose de vertigineux à l’idée que le président, seul, réfléchit à la politique alternative qui sera menée ces 24 prochains mois.

Emmanuel Macron, président de la République
Emmanuel Macron, président de la République © AFP / Ludovic MARIN / POOL

Certes, il consulte des économistes, des chefs d’entreprise, diverses personnalités. Mais personne ne peut dire  précisément vers quoi il va réorienter le pays. Même pas lui-même sans doute ! Son bilan est annulé, purement et simplement, ses projets d’avant (la réforme des retraites par exemple) sont abandonnés. 

Et pour cause : les circonstances sont radicalement différentes… Les données sociales et économiques seront toutes autres. Aucune négociation, aucune discussion parlementaire, aucune élection n’est requise. A moins que le président choisisse de dissoudre, de démissionner ou de faire des propositions par référendum, pour en appeler au peuple… Mais c’est peu probable.

On a quand même quelques idées… 

On parle d’écologie, de souverainisme… Oui, lui-même en parle. Mais qu’est-ce que ça veut dire ? 

Ces deux concepts s’avèrent nécessaires aux yeux de tous. 

  • La transition écologique parce que chacun, maintenant, est conscient de l’urgence. C’était le cas avant l’épidémie, mais le confinement nous a montré à quel point nous étions vulnérables face à un caprice de la nature que nous n’attendions pas. L’avenir climatique nous en réservera d’autres. 
  • Le souverainisme, parce qu’on ne peut pas dépendre des autres en cas de coups durs. Mais une fois que l’on a dit ça, on n’a pas dit grand-chose tant il y a de façons d’être écologiste et  souverainiste… et tant ces concepts, (sans être incompatibles) n’étaient, jusqu’ici, politiquement pas associés… ils étaient même plutôt concurrents. 

A quel point Emmanuel Macron est prêt ou capable d’inventer les solutions de demain ?

Et, surtout pourquoi ce devrait être lui tout seul ? Nos institutions lui en octroient la  possibilité, l’urgence à remettre l’économie sur pieds lui en fait obligation. 

Qu’il change de Premier ministre ou non n’a que peu d’importance. De toute façon, par définition, personne n’incarne une politique qui n’existe pas encore. Donc Edouard Philippe pourrait très bien, (fort de ses compétences, d’une popularité plus solide que celle du président) être chargé de mettre en œuvre la suite, avec d’autres ministres. Après tout, le virage de la rigueur de 1983 (beau retournement, là aussi) s’est bien fait en gardant Pierre Mauroy à Matignon. 

Comme Emmanuel Macron craint plus la concurrence d’un candidat de droite que celle d’un candidat de gauche en 2022, l’intérêt tactique serait de garder un Premier ministre de centre-droit. 

Mais ça, c’est de la cuisine dérisoire au regard des décisions de fond à prendre dans les semaines qui viennent. Aujourd’hui l’incertitude est d’autant plus forte que ce président n’a pas de passé politique. Il n’est d’aucune lignée identifiée. Il n’a aucun point d’appui idéologique autre que  lui-même. 

Il peut donc théoriquement tout endosser. C’est une capacité plastique assez pratique mais quelque peu  problématique, d’un point de vue démocratique. Si le terme de ‘"monarchie républicaine", (souvent utilisé pour qualifier nos institutions) a un sens, c’est bien aujourd’hui !
 

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