C'est aujourd'hui, à l'occasion de son traditionnel défilé parisien à la mémoire de Jeanne d'Arc, que Jean-Marie le Pen pourrait donner une consigne de vote pour le second tour. Le quatrième homme de la présidentielle fait durer le suspense, mais son poid est bien différent de celui d'il y a 5 ans. Un Jean-Marie Le Pen qui semble avoir disparu corps et biens dans cette présidentielle. L'acte de décès, politique du candidat FN, est sans doute prématuré, mais c'est vrai que depuis le 22 avril, on entend peu parler du leader frontiste, et pour cause. Finaliste en 2002, 4ème cette année; les contre performances sont forcément moins intéressantes que les performances; en l'occurrence, François Bayrou a largement su faire fructifier la sienne depuis 10 jours. Contre performance donc de Jean-Marie Le Pen qui a perdu 1 million de voix, et qui perd aussi par là même, avec moins de 11% des suffrages, la place essentielle qu'il a occupée sur l'échiquier politique depuis 20 ans, notamment sa capacité de nuisance vis à vis de la droite républicaine. Aujourd'hui, sans consigne de vote de sa part, ses électeurs du premier tour semblent se répartir à 60% sur Nicolas Sarkozy, un petit 20% sur Ségolène Royal, les autres se réfugiant dans l'abstention. Alors que va dire ce midi Jean-Marie Le Pen ? Va-t-il, veut-il, et peut-il faire élire ou battre un candidat ? Quelles sont ses options : Il peut appeler à voter Nicolas Sarkozy. Plusieurs fois au cours de la campagne, il a répété qu'il n'avait pas le même contentieux avec lui qu'avec Chirac. Il s'est même félicité, sur le mode aigre doux, de constater que Sarkozy l'aidait à gagner la bataille de la lepénisation des esprits. Mais choisir d'aider le candidat UMP, c'est un peu rattraper le voleur pour lui donner les derniers bijoux de famille qu'il a oubliés de prendre chez vous; tant Nicolas Sarkozy a siphonné dès le premier tour l'électorat FN, plus de 20% des voix. Et Jean-Marie Le Pen cache mal l'amertume que ce vol caractérisé lui inspire. Appeler à voter Royal ? Impossible. La base électorale resserrée du FN ne le comprendrait pas, même si ça a un petit côté vote révolutionnaire ou élimination du candidat atlantiste qui ne déplairait pas à certains cadres FN. Enfin le ni-ni. En 1988, Jean-Marie Le Pen n'avait pas choisi entre "le pire et le mal", c'est-à-dire entre Mitterrand et Chirac. Pourquoi pas. Le vieux chef frontiste a choisi seul sa ligne et il délivrera ce midi son oracle. Mais il n'aura pas pour autant soldé les comptes de cette présidentielle. L'échec de sa campagne, très gaucho lepéniste inspirée par sa fille, lui vaut d'être contesté en interne. Et certains aiguisent déjà leurs longs couteaux en espérant prendre la relève. A moins, que, plus fin stratège que tous ses amis, Jean-Marie Le Pen joue le 3ème tour de cette présidentielle. Qu'il attende les éventuels blocages, les premières déceptions, les nouvelles frustrations suscitées par le prochain président, pour à nouveau capitaliser tous les déçus et les mécontents. Et alors que le paysage politique autour de lui s'apprête à se recomposer, Jean-Marie Le Pen restera le point fixe, l'infatigable pourfendeur du système, quel que soit le système, l'inusable phénix de l'extrême droite française. Ses descendants et héritiers attendront alors encore un peu.

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