1er mai, fête du Travail et traditionnels défilés des syndicats de salariés. Avec cette année, une photo relativement rare, mais à regarder à la loupe, si on veut bien tout déchiffrer ! Ticket chic, duo de choc. François Chérèque de la CFDT et Bernard Thibault de la CGT défileront main dans la main à Paris aujourd'hui, enfin presque. En tout cas, ils feront un défilé unitaire - comme on dit - entre leurs deux centrales. On n'avait pas vu ça depuis 2003. Ensemble donc pour dire "non, non, non", à la nouvelle durée de cotisation des retraites, aux "attaques" contre la santé, aux suppressions de postes annoncées dans la fonction publique et notamment à l'éducation nationale, etc... Bref "non, non, non à Nicolas Sarkozy"? Oui, bien sûr mais ce n'est pas si simple. Parce que si Nicolas Sarkozy regarde cette photo, ou ce soir, au JT de 20H, les images de ce défilé, et bien lui pourrait sans doute y voir bien autre chose que cette union des revendications. Il pourrait même esquisser un sourire : sur cette photo, presque, ses 2 meilleurs amis du moment, ceux en tout cas avec qui il a réussi à conclure un sacré deal. De là à dire qu'à quelques jours du premier anniversaire de son élection, c'est même une de ses rares réussites, il n'y a qu'un pas. Ce pacte, tout à fait officiel, ce sont les nouvelles règles du jeu sur la représentativité syndicale. Discuté d'abord entre partenaires sociaux qui se sont mis d'accord le 9 avril dernier, il doit déboucher sur un projet de loi. Son objectif avoué est de redistribuer les cartes de la démocratie sociale en faisant évoluer des règles gelées depuis 66. En gros, jusque là, 5 centrales syndicales étaient reconnues aptes à négocier et, quelle que soient leur représentativité, leurs signatures engageaient tous les salariés. Désormais, de nouveaux critères de représentativité vont être pris en compte, et notamment, l'audience réelle au sein d'une entreprise ou d'une branche d'un syndicat avec des seuils de suffrages à recueillir. Ca veut dire quoi ? Et bien que les gros syndicats, bien implantés, ont tout à gagner avec ces nouvelles règles. Ils vont être en quelque sorte, re légitimés, et les petits ou les nouveaux, parfois les plus radicaux, beaucoup à perdre à cause de ces seuils couperets. Seule issue pour eux, s'unir pour faire front commun et éviter de disparaitre, mais c'est un peu gargantua contre les lilliputiens. Or devinez qui a ratifié, cette "position commune" ? Le Medef bien sûr d'un côté, et de l'autre la CGT et la CFDT. Ce qui est frappant, c'est que tout comme Jacques Chirac et Alain Juppé avaient fait de la CFDT en 95 leur interlocuteur privilégié pour tenter de faire accepter la réforme de sécu, Nicolas Sarkozy lui, a choisi de cibler la CGT, bien implantée dans les entreprises publiques, et d'accompagner la révolution entreprise par Bernard Thibault pour devenir à son tour un syndicat de contrat et de négociation. Pari réussi pour le président de la République, c'est le 3ème texte national que la CGT ratifie depuis... 38 ans ! Alors évidemment les autres syndicats, FO, la CFE-CGC, l'UNSA, la CFTC crient au loup. Certains évoquent même "un yalta qui organise le syndicaticide", et c'est vrai qu'objectivement, ces nouvelles règles devraient signifier la fin de l'émiettement et à terme peut-être, la bi polarisation du paysage syndical français, tout comme s'est accentuée depuis quelques années la bipolarisation du paysage politique. Le renforcement donc quasi automatique des 2 grosses centrales que sont la CFDT et la CGT. Les gargantuas de la photo du jour, meilleurs ennemis peut-être de Nicolas Sarkozy, car ils pourraient lui en faire baver à les en croire, pendant ce joli mois de mai, mais ses meilleurs comparses conjoncturels aussi pour négocier les futures réformes sociales. Il faut dire que cela semble plus facile pour lui en ce moment de dealer avec les syndicats, qu'avec sa propre majorité !

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