La gauche, la droite, Jeanne d’Arc et le 1er mai !

En organisant sa fête du vrai travail, ou plutôt sa vraie fête du travail, à moins que ce ne soit sa fête vraie du travail, Nicolas Sarkozy bouleverse tout un rituel politique ancré de longue date après des luttes d’influence qui ont établi la fête du travail du 1er mai comme la fête du mouvement ouvrier. En 1886, aux Etats-Unis, des syndicats manifestent pour la réduction du temps de travail. Ils seront réprimés, il y aura des victimes et en 1889 le mouvement ouvrier français décide que le 1er mai sera une journée de revendication de réduction pour la même cause. Le 1er mai 1891, la police tire sur des mineurs de Fourmies dans le Nord. Il y a 9 morts. Depuis cet épisode qui a marqué la mémoire ouvrière, le 1er mai est une journée définitivement dédiée au travail, plutôt aux travailleurs, à la réduction du temps de travail, à l’amélioration des conditions de travail. Petit à petit, ce ne sont plus les partis de gauche mais les syndicats qui organisent les défilés du 1er mai. Les militants communistes vendent des brins de muguet pour financer les luttes, mais ce sont les organisations syndicales et elles seules qui mènent les cortèges unis ou désunis. Plutôt désunis ces dernières années. Les adhérents des partis suivent, s’ils le veulent. Mais les politiques sont toujours discrets. Jean-Luc Mélenchon a bien demandé à ses sympathisants de manifester mais derrière les bannières syndicales. François Hollande ne sera pas dans les cortèges. C’était l’évidence même et il est assez étonnant que Nicolas Sarkozy ait pu croire ou feindre de croire le contraire afin de le dénoncer.

La vraie fête du travail de Nicolas Sarkozy est donc vécue comme un affront par le monde syndical !

Un double affront : d’abord parce que la réunion organisée par Nicolas Sarkozy est une réunion politique mais aussi parce que, c’est une réunion organisée par le pouvoir alors que le 1er mai est revendicatif. Il est forcément un contre-pouvoir. Organiser une fête du travail en plein cœur du XVIème arrondissement, le quartier le plus chic de Paris, en opposant les travailleurs indépendants ou du privé aux travailleurs sous statut et autres permanents syndicaux, c’est une forme de provocation qui semble destinée à ce que la gauche pousse l’outrance jusqu’à comparer cette démarche avec la vraie fête du travail organisée par Vichy pendant l’Occupation. Certains tombent dans ce piège du clivage maximal qui n’aboutit qu’à la victimisation de celui qui se fait traiter de Pétainiste. De son côté, la fête de Jeanne d’Arc est une fête traditionnelle de l’extrême droite nationaliste et, au départ, des camelots du Roi dont le FN est l’héritier sur l’échiquier politique. Là aussi, il y a eu, dans l’Histoire, des contestations. L’historien Michelet, au XIXème siècle avait tenté de faire de la pucelle l’incarnation du peuple français insoumis, rebelle, se dressant contre les hiérarchies militaires et religieuses. Cette Jeanne d’Arc là, vénérée par Jaurès a failli être de gauche mais la droite nationaliste, à la longue, a gagné la bataille du symbole. Finalement avec la fête des travailleurs et Jeanne d’Arc, la gauche et l’extrême droite ont leurs symboles, leurs rites du 1er mai… La droite parlementaire et classique n’a rien de tel. Il lui manque parfois ce supplément d’âme qui fait d’elle le camp de la gestion et de la conservation. Nicolas Sarkozy veut s’intercaler dans ce 1er mai traditionnel mais cette démarche risque d’apparaître artificielle et opportuniste face à deux traditions politiques profondément enracinées.

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