Par Cyril Graziani.

Un an après son arrivée à l'Elysée, l’obsession de François Hollande, c’est le temps...

La politique c'est l'art de manier le temps. Mais aujourd'hui l’obsession de tout responsable politique, c’est plutôt de savoir le gérer, ce temps. Dans le champ politique, il y a c’est vrai divers temps : celui de la campagne électorale où se mêlent parole et promesses, le temps de la mandature, celui de l’action -on va y revenir. Il y a enfin un dernier temps, qu’on oublie souvent, c’est celui de la réflexion, de la vision à long terme. C’est celui-là qui manque cruellement aux politiques publiques actuelles... Mais ça c’est un autre problème...

François Hollande est à l'Elysée depuis maintenant un an et il le claironne. Un quinquennat se juge à son début et se sanctionne à la fin. Cette rengaine, le chef de l’Etat l’a répété pas plus tard qu’hier après-midi en aparté avec quelques journalistes, en intégrant la donnée temporelle.

Le temps de l’action par rapport au temps des Français selon lui est devenu contradictoire, donc les gouvernants ne seraient plus en phase avec le monde réel... L'opinion publique estime que leur action est trop lente, contestent la lenteur pour voter les lois. Prenez le mariage pour tous, presque 5 mois. Ce débat long et pesant, François Hollande dit ne pas le regretter et considère peut-être à tort qu'il était nécessaire... Soit dit en passant, si le débat avait duré un an, certains opposants auraient argué que c'était toujours insuffisant...

Il y a aujourd’hui un désir de vouloir tout, et de préférence, tout de suite.

Oui mais cette volonté se heurte à une réalité pour l’instant insurmontable. Regardez le pacte de croissance décidé par les 27 pays de l’Union européenne en milieu d’année dernière. Le plan de relance européen n’entre en vigueur que ces jours prochains, dix mois pour sa mise en œuvre... Incompréhensible dans l'esprit du plus grand nombre car le rapport au temps fausse tout ! L’effet de la recherche de l’immédiateté nous conduit par exemple à croire que l’action politique, ce serait comme un logiciel informatique qu’il suffirait d’activer en cliquant sur l’icône… Et une fois qu'on a cliqué, il faudrait que l'action politique ait des effets immédiats mais aussi que ces effets soient systématiquement bénéfiques. Michel Rocard a cherché à théoriser cette notion du temps. Pour lui, le temps est indispensable à la transformation sociale. Dans toutes les sociétés médiatisées, nous vivons aujourd’hui sur un malentendu. Le mot "politique" définit la gestion d’une société. Et l'ancien Premier ministre l'assure, une société, ça bouge lentement, c’est très complexe car tout s’entremêle. Il faut donc énormément de temps pour provoquer une évolution et prendre en charge les changements de comportements qu’elle induit. Ce rapport au temps, il a fallu près d’un an à François Hollande pour commencer à l’apprivoiser... composer avec cette réalité... sans pour autant trouver le savant dosage. En matière d’emploi et de logement, François Hollande nous l’a dit hier : il faut raccourcir les délais et que ça aille plus vite... Un changement pour celui, qui a toujours tenu à prendre le temps de la discussion et de la synthèse mais qui prend de plein fouet cette réalité politique... Peut-être pensait-il, il y a un an, comme François Mitterrand qui avait repris et compris Cervantès il faut laisser le temps au temps... Mais dans cette période de crise, d’urgence sociale et de frénésie médiatique François Hollande s’aperçoit que ce qui était vrai il y a 30 ans ne l’est plus trop aujourd’hui.

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