Ce que change l’accord Le Pen/ Dupont-Aignan

Du point de vue de l’arithmétique politique, sans doute pas grand-chose. Les 4,6 points du candidat de Debout la France se répartissent entre, majoritairement, Marine Le Pen, le vote blanc ou l’abstention et très peu pour Emmanuel Macron. Tous ceux qui avaient choisi Dupont-Aignan au 1er tour l’ont fait parce qu’il proposait un souverainisme dénué d’extrémisme. Alors peut-être certains seront-il rassurés de voir leur candidat, qui ne goutait guère jusqu’ici aux discours trop identitaires être promis à Matignon en cas de victoire de Marine Le Pen. Il casse l’isolement du FN, le désenclave, même si, du coup, il le normalise un peu. Personne ne peut évaluer les bienfaits ou les méfaits d’une banalisation qui rassure mais qui atténue, en même temps, la spécificité protestataire du FN… Ce n’est donc pas tant une question d’arithmétique que de dynamique. Et ce ralliement est un incontestablement un élément de dynamique pour Marine Le Pen.

Marine Le Pen et Nicolas Dupont Aignan ont mis en avant leur gaullisme pour caractériser leur démarche.

Oui, alors, dans ce concours de détenteurs de vrais morceaux de la vraie croix de Lorraine, on aura atteint des sommets pendant cette campagne. Il est bien sûr impossible de faire des comparaisons idéologiques –et donc d’établir des filiations- avec le gaullisme, 47 ans après la mort du Général, et 45 ans après la création du FN par un groupe d’hommes tous plus anti-gaullistes les uns que les autres (issus du pétainisme ou de l’Algérie Française). Ce que l’on peut examiner, en revanche, c’est effectivement la démarche, la façon de faire de la politique, la relation que chaque candidat veut entretenir avec le peuple, pour déterminer le degré de gaullisme de chacun. Et encore c’est compliqué parce que là aussi le monde politique, les exigences de la communication et le rapport des citoyens à leurs élus a profondément changé. Mais ce que l’on peut dire avec certitude, c’est qu’un accord de partis entre les 2 tours est à cent lieues de l’esprit gaulliste (ou gaullien) qui était parfaitement hostile au régime des partis…

Imagine-t-on de Gaulle...

Et, puisqu’il est de mise, sur une idée lumineuse et dévastatrice de François Fillon (et d’ailleurs dévastatrice aussi pour lui-même), de passer l’action et les dires des candidats au tamis de cette formule « imagine-t-on le Général De Gaulle etc.», faisons le test : Imagine-t-on le général de Gaulle amendant les principaux points de son programme, à 6 jours du scrutin pour attirer un candidat défait au 1er tour ? Poser la question c’est y répondre. Imagine-t-on le général de Gaulle utiliser les mots et les thèmes de l’adversaire le plus résolu, pour attirer ses électeurs ? Non ! Et là il s’agit de JL.Mélenchon. Marine Le Pen est allée jusqu'à expliquer hier (en contradiction totale avec son programme qui ne prévoit rien de la sorte) qu’il fallait une « planification écologique » ? L’axe central du programme de JL.Mélenchon ! On trouve désormais tout dans le programme de Marine Le Pen… La fameuse rencontre entre le peuple et un homme (en l’occurrence une femme), précepte gaullien, s’il en est, s’agissant de la présidentielle, tourne là à la rencontre entre le peuple et la Samaritaine.

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