Le 1er mai, c'est aussi et toujours le Front national, le père, la fille, et Jeanne d'Arc, mais cette fois-ci, Yael Goosz, on sort du marronnier politique...

La gerbe de fleurs en stéréo... Vous n'y échapperez pas ! Jean-Marie place des Pyramides à Paris, Marine à Cannes. Tous les deux au même moment à 11 heures. Mais un festival frontiste renouvelé cette année. Format inédit, puisque Marine Le Pen se délocalise cet après-midi à Nice, au milieu de ses alliés, les eurodéputés du groupe Europe des Nations et des Libertés, dans lequel siègent les frontistes à Strasbourg. Seront présents les autrichiens du FPO, les Néerlandais du PVV, sans oublier la Lega, la ligue du Nord, l'Italien Matteo Salvini s'est fait excuser, mais il envoie sa vidéo. Les élus et puis ceux qui espèrent le devenir l'an prochain : Marine Le Pen pourra serrer la main des Tchèques du SPD ou des Bulgares de Volya... Il y a des places à prendre, avec le départ des Anglais de Ukip, pour cause de Brexit.

C'est le paradoxe... Des anti-européens qui se réunissent entre Européens pour se faire une place lors des élections de 2019 ?

Ne leur dîtes pas qu'ils sont europhobes, l'élément de langage désormais, c'est qu'ils sont "alter-européens", pour une autre Europe. Changement rhétorique. Positiver le projet, sortir de la critique anxiogène, Frexit or not Frexit, parler d'une Europe "des protections et des coopérations". Gagner en crédibilité : montrer comment et par quoi, et selon quel calendrier, on remplace ce que l'on combat...

La sortie de l'Union européenne n'est plus un bon créneau pour faire campagne ? 

Non, c'est la boîte à baffes garantie, c'est Marine Le Pen et son bide sur l'écu lors du débat d'entre-deux-tours... Et puis chez nos voisins, le repoussoir ne fonctionne pas, les Allemands restent massivement attachés à l'Union européenne. Et l'Autriche n'a pas coupé les ponts avec Bruxelles, au contraire.

Non, ce qui dit en coulisses, c'est que pour être fort, il faut cacher ses points faibles, on met sous le tapis les débats internes sur la question européenne, et on reprend le slogan "stop à l'immigration". C'est de ça dont va parler Marine Le Pen... 

Le rejet de l'immigration, sujet rentable et passe-partout ! A travers de prisme, vous dénoncez pêle-mêle l'Europe passoire du capitalisme, donc aussi l'insécurité, vous défendez les droits de femmes qui seraient bafoués par l'islam, vous êtes démocrates puisque vous réclamez des référendums sur la fermeture des frontières... Schéma identique dans tous les pays de l'Union, c'est sur ce créneau migratoire que les extrêmes droites se fédèrent et préparent avec gourmandise 2019. 

Et elles se portent effectivement plutôt bien...

En France, sondage Ifop, Marine Le Pen à 23% si on rejouait aujourd'hui la présidentielle. Le FPO en Autriche toujours à 26%, malgré l'exercice du pouvoir. Salvini en Italie ? Premier ministrable. Tout se fait en musique douce, il n'y a plus besoin d'un racisme biologique, caricatural, il s'agit, partout, comme l'explique le chercheur au CNRS Patrick Moreau dans ses travaux, de défendre une identité menacée. Ce qui permet au passage de jeter des ponts avec la droite et de réveiller les abstentionnistes. C'est tout ça l'enjeu du 1er-Mai "new look" de Marine Le Pen... 

Il y a 23 ans, Brahim Bouarram mourait noyé, poussé dans la Seine. Aujourd'hui, on dresse des barrières humaines anti-immigrés dans les Alpes. A chaque fois, il y a eu des mots avant que des individus passent à l'acte. Et en 23 ans, ces discours-là, new look ou pas, light ou hard, sur le fond, n'ont pas changé.   

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