On aimerait être un drone, aujourd’hui, pour capter les couleurs (jaune, rouge, noir ?) et faire la photo la plus précise possible de la nouvelle géographie politique et syndicale de ce 1er-Mai hors norme.

L’édito politique, avec vous Yael Goosz. Un dégradé jaune, rouge, noir pour un 1er-Mai en terre inconnue...

Et cette question : qui va maîtriser cette journée ? Car c’est un 1er-Mai où l’on va se compter et qui va compter dans la construction des futurs rapports de force, au moment où Emmanuel Macron enclenche son acte 2. 

Rien qu’à regarder la géographie éclatée des cortèges dans Paris, on a le tournis ! Division politique à gauche, et division syndicale, ce n’est pas nouveau. La CGT marche entre Montparnasse et place d’Italie. Pas de mélange avec les réformistes de la CFDT qui se retrouvent à Odéon. Et Yves Veyrier est à Marseille pour FO. 

Mais il y a bien longtemps que les syndicats n’ont plus le monopole du 1er-Mai ! Il y a aussi un défilé d’ONG pour le climat, un meeting à Nation pour le « frexiteur » François Asselineau… Une gerbe de fleurs au pied de Jeanne d’Arc pour Jean-Marie Le Pen, sa fille fera de même à Montigny les Metz avant un grand banquet patriotique… 

Et là, je ne vous parle que du festival « in », il y a évidemment tout ce qui n’est pas déclaré en préfecture et qui donne des migraines à Christophe Castaner.

Vous voulez parlez du scénario d’une convergence jaune, rouge, noir : vraiment crédible ? 

Le jaune des Gilets jaunes, le rouge de la CGT, le noir des Black Blocs… Il est là le test. 

Jaune et noir mélangés, c’est déjà le cas. Sur les réseaux sociaux, des black blocs fournissent des conseils pratiques pour affronter la police… Même fonctionnement horizontal, spontané, anarchique au sens premier du terme. Les black blocs retrouvent chez certains gilets jaunes la même envie d’en découvre avec le capitalisme et ses symboles. De leur côté, les gilets jaunes ont besoin de ces professionnels de la casse pour marquer l’opinion et déstabiliser le gouvernement. 

Rouges et jaunes, là aussi on se mélange. C’était le cas samedi dernier à Paris. La CGT voudrait capter la radicalisation qu’elle n’a pas su accompagner à l’automne. Effet rattrapage. Elle court derrière. D’autant plus vite que Philippe Martinez joue sa réélection. Et face à l’absence de débouchés politiques, les gilets jaunes, eux, ont besoin de nouveaux relais. 

Enfin, le rouge et le noir… Stendhal peut dormir tranquille. La CGT est formelle : pas de mélange, imperméabilité des cortèges aux black blocs. Ce 1er-Mai, il faudra donc l’analyser quantitativement (est-ce que les manifs font le plein ?) et qualitativement (qui se mélange avec qui ?). 

En y ajoutant l’enjeu du maintien de l’ordre. En cas d’échec, la droite ne manquera pas de souligner les carences d’un pouvoir qui chasse sur ses terres. 

Maintien de l’ordre pour l’exécutif, et maîtrise de l’agenda pour les syndicats. S’ils sont débordés, dépassés… Comment revenir en force à la table des négociations ? Un affaiblissement auquel Emmanuel Macron aura largement contribué depuis deux ans. Le changement de méthode, le retour aux corps intermédiaires, arrivent bien tard. De même que les nouveaux signés envoyés depuis jeudi, ce durcissement de la relation avec le patronat : niches fiscales rabotées et bonus / malus sur les contrats courts. 

Enfin, que retiendra-t-on de ce mercredi : dissémination ou convergence des luttes, éclatement ou unification des oppositions ? C’est aussi le pari du chef de l’Etat : il est en petite forme, mais en face, y a-t-il vraiment une alternative, ou simplement un patchwork jaune / rouge / noir, qui vire au brun ? Réponse cet après-midi.

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