De l’art de s’opposer par temps de crise sanitaire

L’exécutif  est toujours l’objet d’une forte défiance et pourtant –paradoxe apparent- les oppositions sont encore plus impopulaires. Principalement les plus radicales. Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon sont désormais les personnalités les plus rejetées par les Français. Ce n’est pas parce que la situation elle-même radicale requiert des solutions radicales que la radicalité politique est de mise… Dans ces moments tragiques où la moindre décision affecte les revenus, la liberté et la santé des Français… l’art de s’opposer demande à-propos et discernement. Il y a trois temps distincts dans la vie politique. D’abord, le temps normal entre les élections. Le programme est mis en œuvre, se déroule. Il est débattu dans la société, la rue, les médias et à l’Assemblée bien sûr. Nous y étions il y 6 semaines avec, à ce moment-là, les controverses sur les retraites. Violentes polémiques et paisibles échanges d’arguments émaillent cette vie politique courante. Et puis il y a le second temps : les campagnes électorales. Le temps des idées et des projets. On n’est plus (et pas encore) dans l’action concrète. Dans ces deux premiers cas, les grandes gueules et les idées radicales viennent bousculer le traintrain des gestionnaires.

Et puis il y a le troisième moment, celui des crises exceptionnelles.

Et nous y sommes. On est dans l’urgence, le concret. La décision est forcément tâtonnante au gré des découvertes des effets surprises du virus. Pas besoin, en ce temps de crise aigüe, de recourir à une quelconque union nationale. D’autant qu’avec l’état d’urgence sanitaire et les mesures barrières qui entravent les débats, la démocratie est déjà assez ankylosée comme ça ! Mais Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen qui, d’ordinaire, s’opposent absolument à la vision du monde d’Emmanuel Macron, semblent considérer que, dès lors, toutes les décisions de l’exécutif pendant la crise (pourtant quasiment toutes désidéologisées) sont un scandale ou la marque d’une incompétence coupable. On a le sentiment qu’ils s’opposeraient pareillement à toutes décisions inverses. D’ailleurs, quand le gouvernement varie, leur critique fait de même, empruntant les mêmes chemins tortueux de la contradiction ! Voilà qui explique le rejet dont le patron et la patronne de LFI et du RN sont l’objet. Dans ces périodes où la complexité extrême et l’urgence rend l’action du gouvernement forcément hasardeuse, l’extrême-droite, principalement, pense pouvoir, comme d’habitude manier ses idées simples. Ce sera peut-être un bon calcul pour elle à moyen terme, selon la puissance de la crise sociale qui suivra… Mais pour l’heure, son opportunisme se voit ! De plus, une partie des revendications habituelles de LFI et du RN tombent… au moins temporairement. L’une veut plus de frontières : elles sont dressées. L’autre veut la fin du dogme de la rigueur : il a sauté ! Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, aux points de vue radicalement opposés, pourraient utiliser ce moment, plutôt, pour préparer le fameux monde d’après ! Ils retrouveront là leur raison d’être : secouer les convenances… Encore faut-il qu’ils n’aient pas perdu toute crédibilité par leur systématisme pendant la crise.

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