Airbus et son plan de restructuration avec la suppression annoncée de 10 000 emplois, ont déboulé dans la campagne présidentielle, rappelant à chacun qu'il existe encore des lignes de clivage politique dès qu'on parle économie. Il y a encore à peine deux ans, c'était le fleuron de l'économie française. Un mélange haut de gamme de très haute technologie et de savoir faire ouvrier. Chaque hôte de marque étranger débarquant en france était convié à Toulouse pour admirer la bête. Car en réalité, Airbus était encore mieux que ça. L'entreprise était aussi le symbole de la réussite européenne. Ses avions étaient la preuve tangible que le vieux continent pouvait faire aussi bien, mieux même que les Etats-Unis d'Amérique et leurs boeings. Dans leurs discours électoraux, pas un homme politique n'omettait de citer Airbus lorsqu'il fallait parler de la belle aventure européenne. Il y avait Airbus et Ariane. Et puis après plusieurs mois de rumeurs, de retards et de mauvais résultats hier, Power 8 - rien que le nom fait peur - est tombé comme un couperet. 10 000 suppressions d'emplois, 4 300 pour la France et tous les candidats à la présidentielle sommés de réagir. Moratoire du plan social et remise au pot sur un projet industriel solide, a dit Ségolène Royal avant de rencontrer, lundi, Angela Merkel. Gel du plan social et convocation du Parlement, ont renchéri José Bové et Marie Georges Buffet. Renationalisation de l'entreprise, a exigé Olivier besancenot Problèmes de leadership d'un industriel et d'actionnariat d'EADS, a rétorqué le candidat Nicolas Sarkozy. Problème de binationalité, a affirmé Philippe de Villiers. Il faut mettre fin au dogme franco-allemand "50/50". En creux, évidemment, on lit dans chacune de ces solutions, les raisons supposées de la crise d'Airbus : erreurs patronales et managèriales disent les uns, volonté de calquer le modèle de rentabilité des Américains soupçonnent les autres. Obsolescence de l'état actionnaire croient les uns, échec patent du fonctionnement du modèle économique européen affirment les autres. Voilà, un peu rapidement résumées, mais fort visibles, les lignes de force du paysage politique français, quand chacun retrouve ses fondamentaux. Oui, il reste une gauche qui réclame aujourd'hui, un réengagement de l'Etat dans la politique industrielle de la France. Réengagement de l'Etat actionnaire et réengagement politique autour de l'axe franco-allemand. Oui, il reste une droite en face, qui estime que le pouvoir politique a miné la viabilité industrielle de l'entreprise et qu'il doit donc s'effacer. Moins d'Etat et liberté de stratégie aux industriels actionnaires. Oui, enfin, il y a évidemment un courant de pensée qui estime qu'Airbus est bien la preuve que l'Europe ne s'est construite que sur l'addition d'intérêts divergents et qu'il faut donc la déconstuire. Voilà du débat politique : quelle est la place de l'Etat dans la politique industrielle d'un pays ? Comment rendre l'Europe efficace pour protéger ses entreprises et surtout ses emplois ? Le patriotisme économique européen a-t-il un sens ? Qui a dit que la campagne électorale n'était que racontars de caniveau et casting digne de la nouvelle star ?

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