Il serait intéressant de savoir quelles sont ses attributions précises à l’Elysée. Tout le monde a bien compris qu’il avait dû quitter son poste à l’Intérieur pour laisser sa place à Claude Guéant, qui lui-même devait quitter le secrétariat général de l’Elysée afin qu’Alain Juppé, qui ne pas voulait se « kouchneriser », accepte de prendre le Quai d’Orsay. Il y avait aussi un petit risque à laisser Brice Hortefeux place Beauvau sachant qu’il a déjà été condamné pour injure raciale et pour atteinte à la présomption d’innocence. Condamnations pas définitives puisqu’il y a appel. Bref, hier François Fillion expliquait sur RTL que, vue l’actualité politique des prochains mois, on pouvait bien comprendre que Brice Hortefeux allait avoir du travail à l’Elysée. Prié de préciser à quelle actualité politique il faisait allusion (la présidentielle de 2012, bien sûr) le Premier ministre a refusé d’en dire plus, s’apercevant (ou feignant de s’en apercevoir) de ce qu’il pouvait y avoir d’un peu trouble dans cette situation. Le fait qu’il y ait une personnalité politique à l’Elysée, responsable à plein temps, payée à préparer la prochaine campagne électorale, pose évidement un problème de déontologie du pouvoir. Et pourquoi?Parce que l’Elysée ce n’est pas fait pour ça et que les moyens de l’Etat sont quand même censés être mobilisés pour la conduite des affaires publiques. Ça s’est sans doute fait – en douce- dans le passé, Mitterrand et Chirac avaient des équipes entières qui ne faisaient que ça à l’Elysée ou à la Mairie de Paris… mais les temps ont changé. C’est aux partis politiques de préparer les élections. Il ne faut pas tout copier de la vie politique américaine, loin de là mais remarquons simplement que l’un des plus proches collaborateurs de Barack Obama, Robert Gibbs, a démissionné de la Maison Blanche dernièrement parce qu’il allait s’occuper de la campagne présidentielle américaine de 2012. Cette question va bien au-delà du problème de savoir si c’est le contribuable qui paie les salaires d’un conseiller élyséen et de son équipe qui ne sont pas au service de l’Etat. Le découplage entre activité purement partisane (et il n’y a aucune connotation négative dans ce mot), et la conduite des affaires de l’Etat n’est, chez nous, pas assez marquée. On l’a vu l’année dernière avec l’affaire des contrats mirifiques signés entre l’Elysée et des entreprises de communication amies pour passer commande de sondages qui mesurent la popularité du président. Du coup, Il y a un fort soupçon d’arrière pensée partisane derrière bien des actions du président. Dans toute prise de décision d’un président, il y a une part plus ou moins assumée d’opportunisme politique, un petit calcul qui peut être, soit de bonne guerre, soit une véritable instrumentalisation. Mais, désormais Nicolas Sarkozy ne peut plus rien faire sans que le soupçon soit immédiat. Ça ne peut pas être que de la faute des méchants journalistes ! Prenez le débat sur la place de l’islam en France. La principale interrogation qu’il suscite c’est : qui a vraiment besoin de ce débat ? La France ou le Président ? Cette méfiance se nourrit de l’absence totale de répartition claire entre la majorité forcément partisane et l’Elysée, siège du président de tous les Français. C’est l’une des conséquences aussi de la disparition du Premier ministre, chef naturel de la majorité. Que Brice Hortefeux soit appointé par l’Elysée et non par l’UMP pour préparer une campagne électorale, est un détail qui renforcera ce sentiment selon lequel le cynisme règne au sommet de l’Etat.

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