Ce matin, vous évoquez la fronde de certains députés socialistes qui s’inquiètent du peu d’entrain que montre le gouvernement à proposer le non cumul des mandats.

Oui c’est une inquiétude partagée par quelques dizaines de députés socialistes sur près de 300 ! Ils refusent l’idée du gouvernement qui envisage de ne faire appliquer le non cumul qu’à partir de 2017. Il faut dire que les socialistes proposent la fin du cumul depuis 2010 ! Beaucoup se l’appliquent déjà comme Martine Aubry ou Bertrand Delanoë. Et comme de nombreux députés qui ont renoncé, ces derniers mois, à leur mandat de maire ou de président de conseil général… Mais il y a toujours des réticents, fervents de l’arrimage local, persuadés qu’il faut sans cesse faire pipi autour de son territoire pour mieux le représenter et surtout pour ne pas le perdre. Les sénateurs, en particulier veulent que le non cumul ne s’applique qu’aux députés. Ils expliquent que le Sénat est la chambre des territoires et qu’il est normal qu’il soit composé d’élus locaux… On peut rétorquer que les parlementaires de la chambre haute sont censés se pencher de façon plus approfondie et plus dépassionnée sur les textes et contrôler l’exécutif. Ça demande du temps et de la disponibilité. Surtout qu’ils pourraient très bien rester conseillers régionaux, municipaux ou conseillers généraux de base. Pour contraindre les parlementaires réticents, certains responsables socialistes souhaitent que le Président organise un référendum. Pas sûr que François Hollande ait particulièrement l’intention d’interroger les Français sur une question de la sorte alors que la défiance est au plus fort et que ce sont les préoccupations économiques et sociales qui dominent le débat public.

Donc, vers quoi s’achemine-t-on ?

On n’en sait rien pour! Pourtant il y aurait un réel danger politique à laisser traîner cette affaire ou à choisir des demi-mesures, à transiger avec les sénateurs ou à repousser l’application du texte à 2017. Une réforme qui instaurerait le non cumul des mandats, (peut-être même leur limitation dans le temps) couplée avec une réduction du nombre des parlementaires afin de leur donner plus de moyens, seraient facteurs de renouvellement politique. S’il est vrai que, depuis 2007, de jeunes hommes et femmes politiques ont un peu détrôné d’anciens barrons multi-cumulards que l’on se trainait depuis les années Giscard ou Mitterrand, ces nouveaux venus restent relativement formatés et ressemblent (en plus cool et plus à l’aise pour tweeter) à leurs aînés, professionnels de la politique. Le besoin de transparence et de proximité qui se manifeste par la défiance grandissante envers la classe politique exige une grande bouffée d’oxygène que seul le non cumul peut commencer de produire. C’est un renouvellement de profil politique que les partis et les institutions doivent susciter. Les deux pays ne sont pas comparables mais il faut entendre le message de Beppe Grillo en Italie. On ne devrait pas se bloquer sur le terme couperet de populiste à son sujet ! Le pédigrée très varié des « grillistes » qui entrent au Parlement, leurs discours, certes un peu foutraques mais enthousiastes et pour le moins imaginatifs, signent la volonté des peuples européens de renverser la table et de renouveler en profondeur la façon de faire de la politique. Le non cumul et leur limitation dans le temps peuvent être de bons débuts pour entraîner ce rafraîchissement si nécessaire.

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