Vouloir attirer l'attention des gens sur un problème qu'ils connaissent depuis aussi longtemps, cela ne marche plus.

L'image n'est pas nouvelle. Quand Xavier Emmanuelli fonde le Samu Social de Paris, il emmène déjà des politiques pour les sensibiliser au même problème. C'était il y a 25 ans… Xavier Bertrand aussi, a multiplié les maraudes à l'époque où il était le ministre des Solidarités. C'était sous Jacques Chirac ! Vouloir attirer l'attention des gens sur un problème qu'ils connaissent depuis aussi longtemps, et surtout qui n'est toujours pas résolu, cela ne marche plus.

Nous sommes entrés dans une autre ère de communication : les constats et les coups d'éclats, tout le monde a déjà connu cela. Ce qu'attendent désormais les Français, ce sont des solutions et c'est ce qu'a parfaitement compris Emmanuel Macron. Donc plus de registre "émotionnel" de la part de l'exécutif, qui fait le choix de miser sur un style bien plus froid et plus technocratique.

Il n’y a qu’à voir la manière dont le Premier ministre a exposé lundi la réforme ferroviaire. Il a égrené des chiffres : celui du montant de la dette, la moyenne des retards, la vétusté des rails qui progresse et le nombre de salariés au statut de cheminot... Bref, il a dressé un tableau presque clinique, avec ensuite des propositions sur lesquels travailler pour parvenir - à priori !? - à tout régler. Et vous aurez remarqué que sur chaque dossier, le Gouvernement adopte ce même type de discours qui se veut être un "discours de vérité". Résultat, nous sommes passés avec Emmanuel Macron du registre de l'empathie ou de l’émotion chère à Nicolas Sarkozy au registre de la raison.

Qu'est-ce que cela change ? 

Dans le premier cas, on compte sur les moyens de l'Etat pour trouver des solutions aux problèmes alors que dans le deuxième, on laisse entendre qu'il est possible qu'il n'y arrive pas. Quand sont énumérées, à chaque réforme, toutes les difficultés qu'il va falloir surmonter, les Français finissent forcément par comprendre que l'Etat ne pourra bientôt plus tout. Officiellement, ce n'est jamais dit, évidemment. Mais dans les propos d’Edouard Philippe, c'est souvent sous-entendu... 

Qui peut pallier cette impuissance publique visiblement galopante ? Pour le Gouvernement, ce doit être les entreprises... celles qui choisiraient de s'investir dans certains dossiers en particulier. C'est d’ailleurs déjà ce qui est en train de se passer avec la réserve parlementaire, supprimée en début d'année. Les députés et les sénateurs n'ont plus d'enveloppes - venant des assemblées - à distribuer aux petites associations de leur circonscription. Pour compenser, des élus macronistes ont commencé à organiser des levées de fonds auprès d'établissements privés. 

Des élus dans la rue, la nuit, avec des sans-abri pour réclamer à l'Etat des moyens supplémentaires, cette « scénarisation » n'existera bientôt plus. Ce sont des entreprises, encouragées par cette nouvelle philosophie macroniste, qui pourraient bien à l'avenir prendre le relais...

L'équipe
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.