Beaucoup de journaux ont disparu dans l’histoire de la presse, d’autres sont nés, sur papier ou sur le net.

Il ne faut pas sauver l’Huma pour sauver un vieux journal, comme on s’acharnerait sur un grabataire mais parce que ce qui menace le plus la presse et le métier de journaliste, c’est la perte de confiance des lecteurs, le fait que chacun peut, techniquement, être médiateur, messager, via les réseaux sociaux, et que quelques milliers de ‘likes’ sur une fausse info a plus de valeur, auprès d’un public de plus en plus large, qu’une vraie info vérifiée, selon les règles de l’art journalistique. 

Et pour sauver ce qui reste de confiance, l’argument le plus efficace et le plus vrai, c’est la diversité, le pluralisme. La vérité journalistique n’est pas un fait neutre ! Aucun journaliste, digne de ce nom, ne dira jamais que les infos que l’on trouve dans l’Huma sont fausses ! Elles sont traitées sous un certain angle, elles sont contextualisées selon une vision de la société, une vison assumée, utile au débat. 

De même, un journaliste de l’Huma ne dira jamais qu’une info du Figaro est fausse. Il en contestera la signification à en donner, peut-être même la portée. Mais ce n’est pas un hasard, et ce n’est pas du corporatisme, s’il y avait, vendredi dernier, au meeting de soutien à l’Huma à Montreuil, des journalistes de toutes obédiences. Traiter un sujet, pour un journaliste, ce n’est pas seulement chercher la vérité mais c’est chercher un angle... un point de vue au sens littéral du terme. Un point d’où l’on décrit les choses. Il est bon qu’un événement soit décrit depuis des angles opposés... du moment que l’on s’accorde sur sa réalité. C’est le métier de journaliste et ses règles qui permettent au débat démocratique de se dérouler sur des bases de vérité. Quand le journalisme recule (comme en ce moment), la démocratie s’atrophie.

Mais l’écosystème économique de la presse ne permet plus à l’Huma de vivre.

La presse vit avec le concours des lecteurs, de grandes fortunes et des aides publiques. Les grandes fortunes qui possèdent les journaux n’empêchent pas, dans une certaine limite, le pluralisme. Puisqu’ils sont pour la compétition, ils sont pour la diversification. Les Inrocks, Libération, le Monde ou le Figaro, Valeurs Actuelles, les quelque 80 titres de la presse régionale, appartiennent à des grandes fortunes et ne disent pas tous la même chose. 

Seulement ce système met l’Huma de côté parce que le Journal communiste ne peut pas appartenir à un grand patron. Il faut donc trouver une solution. D’autres journaux, comme le Canard Enchaîné, Mediapart, arrivent à vivre par eux-mêmes... et puis il y a des aides à la presse. Il y a surtout le soutien des lecteurs et au-delà, celui de tous ceux qui sont attachés au pluralisme. Il n’y aurait pas de pluralisme sans l’Huma... parce que la sphère politique que représente ce journal a besoin de vrais journalistes pour que son point de vue soit exprimé et enrichisse le débat. Or, d’autres médias, moins journalistiquement professionnels, tentent, en ce moment, de prendre cette place sur ce créneau. Sauver l’Huma, c’est donc un impératif journalistique et démocratique.

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