Est-ce la fin du vote barrage de gauche contre l’extrême-droite ?

Libération posait la question vendredi... c’est une interrogation grandissante. Cherchez bien Nicolas, Léa, Charline, Marina et même vous Dominique… vous avez dans votre entourage des gens de gauche… qui disent ‘ne comptez plus sur moi pour faire barrage à Marine Le Pen’. En réalité (contrairement à ce que l’on peut croire), Emmanuel Macron continue de bénéficier de plus de soutien à gauche qu’à droite ! Mais il a exaspéré et même révolté toute une partie de son camp d’origine… pour qui son image de président des riches s’est imposée. Ceux qui avaient pensé qu’il serait sur les rails de la modernité démocratique de Pierre Mendès-France ou Michel Rocard en sont pour leurs frais. Bref, nombre d’électeurs qui avaient voté, dès le premier tour, pour Emmanuel Macron, pour être sûr de retrouver celui qui aurait le plus de chance de battre (et de bien battre) Marine Le Pen au second, l’avaient fait sans avoir l’impression de véritablement se faire violence (comme avec Jacques Chirac en 2002). La déception, parfois même le sentiment de trahison, n’en sont que plus profond.   

Le front anti-Le Pen est-il vraiment fragilisé ? 

C’est dur à dire parce que les sondeurs constatent toujours que, pour 62% des Français (IPSOS), Le RN constitue un danger pour la démocratie. Un chiffre qui ne varie pas depuis des années. Le ‘on ne m’y reprendra plus’ est donc à relativiser et à reconsidérer après une vraie campagne. Mais la mise en avant, par exemple, d’un Gérald Darmanin, désastreux lors de son débat face à Marine Le Pen ou outrancier face aux écologistes (dans l’affaire des cantines scolaires à Lyon), n’est pas faite pour arranger la popularité d’Emmanuel Macron à gauche. D’autant qu’une bonne façon de reconquérir cet électorat réside dans la capacité à embrasser la cause écologiste. Le hiatus avec la convention citoyenne est, de ce point du vue, du plus mauvais effet... Si cet état d’esprit d’une partie de la gauche est une bonne nouvelle pour Marine Le Pen, il en dit plus - à 14 mois du scrutin - sur l’état de la gauche d’aujourd’hui qu’il ne nous renseigne sur ce qui se passera en mai 2022. La gauche –minoritaire en France- ne peut espérer gagner que sur une dynamique. Si elle se pose la question Macron/Le Pen (question de second tour), c’est qu’elle ne croit pas en elle pour le premier tour. Or, la logique de la présidentielle, c’est que le premier dimanche, on choisit, et si son candidat n’est pas qualifié, on élimine le dimanche suivant. Vouloir échapper à cette logique est un choix politique qu’il faut assumer. Mais dire, pour les culpabiliser, que ceux qui refusent ce que l’on appelait le Front Républicain en 2002 et 2017, mettent un signe égal entre Macron et Le Pen, est un peu court. Cette partie de la gauche estime que la politique macronienne favorise le ressentiment social et donc Marine Le Pen. Et que, par conséquent, c’est un leurre vicieux de vouloir continuer à éviter le pire en votant pour ce qui favorise son essor. Le premier responsable de cette analyse qui peut paraître tordue ou inconsciente, mais qui est sincère, c’est le président lui-même. Il lui reste 14 mois pour la contrer. Faut-il encore qu’il le souhaite.   

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